3000 signes après 3000 ans

La revue du Cube m’invite à produire un texte « Après l’humain ? » dans le cadre de 3 000 signes.   Je décide donc de partager avec vous une petite méditation circulaire, au signe près, en évoquant une pratique de 3 000 ans – le Yoga – le corps comme interface entre spiritualité et espace.

Cette idée ne m’est bien évidemment pas apparue de suite. Tout d’abord, je me suis dit que je pourrais commencer mon texte en parlant de La Théorie de l’information comme un roman d’Aurélien Bellanger, puis déplier un ensemble de citations, pour construire un propos où Heidegger aurait eu une petite place avec Qu’est-ce que l’humanisme ? Après, je me suis dit que je m’autoriserais à mettre en avant mon expérience autour de grandes figures, même y glisser une publicité invisible en 140 signes comme : « Recherche emploi ou commande dans le champ art / culture en France ou à l’étranger, étudie propositions sur les bases d’une relation humaine. »

Et puis non, nous étions le 11 mars. Un scientifique de la BBC, Jonathan Amos, révèle que la catastrophe, deux ans avant au Japon, aurait été ressenti depuis l’espace : « Selon les scientifiques de l’Agence Spatiale Européenne, le tremblement de terre, de magnitude 9 sur l’échelle de Richter, a envoyé des ondes à travers l’atmosphère, ressenties par le satellite Goce, à 255 km au-dessus de la terre. Les vibrations du tremblement de terre ont perturbé la densité de molécules dans l’air et changé leur vitesse. »

Je n’avais pourtant pas attendu deux ans, mais deux semaines, pour mettre en place une création à travers la réalisation d’une application, gratuite et collaborative, pour l’instant uniquement sur iTunes, en attente de pouvoir produire une mise à jour sur d’autres systèmes ; en résonance avec les conséquences que l’on connait pour la centrale de Fukushima. Le nom de cette œuvre est le titre même d’un film de Michelangelo Antonioni pour lequel il précisa, plus tard lors d’un entretien, que « Ce problème de l’adaptation, je l’ai déjà traité dans Deserto Rosso, je viens de le dire, l’adaptation des personnes aux nouvelles technologies. À l’époque nous avons parlé de l’air pollué que nous devrons respirer demain. » Tous le monde peut expérimenter notre application, une mise en espace, simple, qui nous recentre en faisant appel à l’option de positionnement par satellite. L’illustration de cette petite contribution en est une captation de Stéphanie Garrec envoyée sur Facebook.

L’air de rien cette œuvre repose sur le corps, au centre de l’espace, face à un état qui ne serait être que naturel mais également spirituel. L’humain restant fondamental, pour moi qui suis marathonien, c’est la seule performance qui fasse sens, celle du souffle face à celle des temps. Si je réussis à transformer mon prochain marathon de New-York en une œuvre d’art, ou même à capter des données pour créer des sons en interaction avec ma pratique du Yoga, sans autre technique, c’est avant tout grâce au langage d’une pure ouverture.

Franck Ancel

How-to-tell-catastrophe Franck Ancel

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