Agir pour l’émergence d’un nouveau paradigme médical

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Inscrite au cœur du tourbillon vertigineux de l’histoire de notre monde, l’évolution de la médecine est corrélée aux découvertes scientifiques mais aussi à la politique, l’économie et la démographie. Il a fallu les tâtonnements des premiers sorciers de la préhistoire pour qu’émergent, de son terreau fertile, les pères fondateurs de la médecine moderne. Les grecs ont discerné la connaissance de la croyance, à l’instar d’Hippocrate. Mais il a fallu attendre le XVIII° siècle, celui des lumières, pour que le savoir soit diffusé à grande échelle, que se développent les réformes sociales, que l’éducation et l’hygiène soient organisées. Les premières ébauches de spécialités médicales émergent à cette période, ainsi que la séparation de la médecine et de la chirurgie. C’est au XIX° siècle que la médecine moderne prend son essor, avec l’apparition de la physiologie, l’anatomie pathologique et la microbiologie. Au XX° siècle, la course de l’histoire se poursuit alors que la démographie double en moins de 40 ans. Durant cette période, la médecine fait plus de progrès qu’en 40 siècles. La notion de santé apparaît en 1946 ainsi que la SECU. On distingue désormais les disciplines curatives, préventives, prédictives et rééducatives.  Aujourd’hui, grâce au développement de la recherche et de l’industrie, l’arsenal diagnostique et thérapeutique des praticiens a explosé, notamment en imagerie médicale. La somme des connaissances et des techniques médicales actuellement accumulées dépassent largement les capacités d’un seul homme. Plus de 40 disciplines, sans compter les qualifications dans chacune d’elles, sont actuellement reconnues par l’ordre national des médecins. On en vient à se demander avec Sacha Guitri « Tel soigne le cœur, cet autre le rein, cet autre le cerveau. Mais qui soigne le malade ? ». Parallèlement, en moins de 10 ans, le numérique a remplacé tous les ronéotypes et bon nombre d’ouvrages papiers, que ce soit à la faculté, à l’hôpital ou dans les cabinets médicaux de ville. La médecine quantique a maintenant succédé à la médecine newtonienne.

Le nouveau paradigme

Nous traversons une période de crise où des enjeux contradictoires se font face. Il est possible que nous assistions bientôt à l’usure du capitalisme. Dans ce contexte économiquement dépressif, les médecins de proximité disparaissent avec l’augmentation du coût de l’installation et de la gestion d’un cabinet médical. Mais à l’heure où la crise de l’énergie fossile fait craquer les cours boursiers, le numérique, lui, fait sa Révolution. De nombreux courants sociaux d’ordre idéologique, politique ou économique reconnaissent de plus en plus aujourd’hui la nécessité d’orienter la médecine vers la prophylaxie, l’hygiène et l’éducation. La recherche pourrait prendre un nouveau cap, avec la télémédecine, l’épigénétique et une réorganisation du système de soin.

La télémédecine

L’allongement de la durée de vie entraîne un accroissement du nombre de patients atteints de maladies chroniques. Les hôpitaux sont saturés par des décompensations ou complications de maladies chroniques qui pourraient être prévenues ou évitées grâce à la télésurveillance des patients. La télémédecine est pratiquée officiellement depuis 1920. Depuis 2004, en France, la loi autorise l’acte médical par télémédecine et reconnaît la délivrance d’une ordonnance de soins ou de médicaments par messagerie sécurisée. Actuellement, les technologies sont disponibles pour permettre à tout médecin de pratiquer l’expertise, la consultation, la surveillance et l’assistance des patients à distance. Mais le développement de la télémédecine doit considérer la normalisation de la qualité des dispositifs, la mise en place de réseaux de référence, l’évaluation des technologies médicales, la collecte de données, leur qualité et leur sécurité. Il ne reste plus qu’à prendre des décisions et agir, en somme.

L’épigénétique

Cette discipline émergente s’est distinguée en étudiant, grâce à l’informatique et aux algorithmes statistiques, l’influence héréditaire de l’environnement sur l’expression du génome sans l’altérer. Autrement dit, 2 jumeaux homozygotes (ayant le même génotype) élevés dans des environnements différents peuvent développer des phénotypes tout à fait différents (couleur de la peau, sensibilité à certains cancers, à certaines maladies…). Donc, en modifiant préventivement son comportement, tout individu peut espérer accroître son espérance de vie. Le médecin généraliste de demain sera «  épigénéticien ».

L’offre de  soins primaires repensée

Que ce soit en milieu urbain ou rural, les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles sont de nouveaux lieux de regroupement, de mutualisation des dépenses et de coopération entre professionnels de santé. Parfois perçues comme des réalisations utopistes, elles représentent pourtant un modèle d’excellence médicale d’avant-garde et une alternative de choix pour reconstituer la population médicale du territoire. Elles proposent déjà le Tiers Payant généralisé et bientôt offriront la gratuité des soins médicaux à la population. Elles préparent le terreau de l’homme augmenté de demain.

Et demain ?

En Maison de Santé, « l’épigénéticien » de demain vous accueillera peut-être avec ses Google-Glass ou vous consultera par télémédecine. Et en cas d’urgence, il vous enverra une Drône-Ambulance (innovation présentée aux Pays-Bas le 28 octobre 2014 ) pour réparer une des puces de votre trans-organisme.

Joël Valendoff

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