Allier capital et créativité : la révolution du financement participatif

En octobre 2013, après deux années de recherche, une équipe d’artistes et de chercheurs a pu présenter le dispositif artistique « BrainPuzzle » à l’occasion du festival CURIOSITas (http://curiositas.fr/), au sein de l’ancien Anneau de Collision d’Orsay (ACO), sur le campus de l’Université Paris-Sud. Inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques et situé au milieu du plus grand campus de France (www.u-psud.fr), cet anneau de collision, qui a fonctionné entre 1967 et 1976, est le doyen des accélérateurs de particules.

Le dispositif BrainPuzzle (http://brainpuzzle.tumblr.com/) a donné une seconde jeunesse à l’ACO, non pas en créant des crash-tests destinés à identifier de nouvelles particules élémentaires, mais en détectant l’activité cérébrale via un casque électro-encéphalogramme afin de manipuler des éléments de collages et de piloter des films créés par l’artiste Fabienne Gotusso.

L’architecte de ce dispositif technique est Sylvie Tissot, dont j’ai pu suivre depuis plusieurs années la virtuosité technique alliée à la créativité pure. Je n’avais en particulier jamais vu avant elle un enseignant-chercheur en informatique présenter un cours de programmation avancée à partir d’un poème de Lewis Carroll ! A une certaine altitude, littérature et mathématiques appliquées peuvent faire bon ménage… Olden Fabre, étudiant en informatique à l’université Paris Diderot, a également pris part à ce tour de force.

Pour développer ce projet avant-gardiste, les concepteurs de BrainPuzzle ne sont pas allés frapper à la porte de leur banquier et sont encore moins aller « pitcher » devant des réseaux de business angels ou des sociétés de capital-risque. Bien leur en a pris car ils auraient très probablement essuyé refus sur refus, entre scepticisme et incompréhension.

Plutôt que de perdre du temps et de l’énergie, Fabienne Gotusso et Sylvie Tissot ont directement présenté leur projet sur la plateforme de financement participatif KissKissBankBank, l’objectif étant de collecter 2500€ pour acquérir le matériel et financer la programmation ainsi que la conception graphique (www.kisskissbankbank.com/brain-puzzle). En l’espace de 45 jours, le financement était bouclé, grâce à 31 contributeurs. Et, deux ans plus tard, ce travail a pu être présenté sur un campus d’Orsay, qui n’accueille pas seulement des scientifiques de renommée mondiale mais qui  travaille à créer des ponts en matière de création entre artistes et étudiants en sciences.

Les plateformes de financement participatif permettent de faire se rencontrer l’argent et le talent. Le financement peut consister en un don pur comme dans le cas de KissKissBankBank ou s’effectuer dans l’espoir d’un gain financier, avec des structures comme Anaxago ou Afexios, première plateforme de financement participatif dédiée aux PME.

On recense actuellement près de 550 plateformes de financement participatif dans le monde, le marché du « crowdfunding » étant estimé à 5 milliards de dollars de collectes en 2013 et à plus de 20 Md$ d’ici 3 ans. Beaucoup de ces plateformes n’ont pas cependant encore atteint le seuil de rentabilité, les commissions prélevées sur des montants unitaires relativement réduits ne couvrant pas encore les coûts d’exploitation. Néanmoins, cette nouvelle forme de désintermédiation entre les créateurs et les financeurs permet à de talents de présenter d’emblée leurs projets à plusieurs centaines de milliers de personnes. Et cela change tout.

En 1450, Gutenberg a convaincu le banquier Johann Fust de financer son projet d’imprimerie. L’association a vite tourné court car le fourbe bailleur de fonds avait exigé un premier terme de remboursement si rapproché qu’aucune vente de livres ne pouvait permettre d’honorer cet engagement. Les biens de Gutenberg furent saisis et l’existence du génial imprimeur fut nettement moins brillante que sa postérité. Comme Sylvie Tissot et Fabienne Gotusso, Gutenberg aurait sans doute apprécié les vertus du financement participatif…

Avec des structures comme KissKissBankBank et Afexios, nous assistons peut-être à l’émergence d’un dispositif révolutionnaire qui permet une rencontre plus féconde de l’argent et du talent !

Étienne Krieger

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