Après l’humain ? : L’humain

 Et si les nouvelles technologies, en répondant aux défis sociétaux majeurs qui s’annoncent, permettaient finalement d’aller vers plus d’humanité ?

Penser l’après-humain, c’est admettre, d’une certaine manière, que l’homme aurait réussi la nouvelle étape de son évolution, celle qui consiste à relever les enjeux sociétaux qui s’imposent désormais à lui. Cinq défis s’annoncent comme majeurs et préparent le monde de demain.

Le défi énergétique et la nécessité d’économiser l’énergie : Face à l’épuisement progressif des ressources naturelles et à l’envolée des prix des énergies fossiles, comment limiter les effets du réchauffement climatique tout en assurant le développement durable de nos sociétés ?

Le défi sanitaire et la nécessité de faire face à allongement de l’espérance de vie : D’ici à 2050, toutes les huit secondes dans le monde, une personne fêtera son cinquantième anniversaire, comment répondre au vieillissement de la population ?

Le défi de l’éducation et la nécessité de réussir la mutation numérique du système : Comment le monde éducatif va-t-il réussir à emmener les enfants au monde numérique dans lequel ils vont vivre et travailler?

Le défi de l’urbanisation croissante et la nécessité de repenser la ville et la mobilité : La moitié de la population vit désormais en zone urbaine et les citadins représentent 75% de la consommation énergétique mondial. En 2050, 70% d’entre eux vivront dans les villes.

Le défi de la sécurité numérique : l’homme vient de conquérir un nouvel espace, le cyberespace, mais cet espace numérique, structuré autour de l’ultra communication et de la dématérialisation entraine de nouveaux risques et une nouvelle criminalité, comment en assurer la sécurité ?

Face à ces grands enjeux socioéconomiques, quel peut-être l’apport des nouvelles technologies?

C’est à cette question, que 15 personnalités, ont accepté de répondre, en participant à cinq débats, que j’ai animé puis relaté dans mon dernier ouvrage Les défis du futur – Regards croisés sur nos mutations industrielles. Ces cinq débats, organisés autour de l’énergie, la santé, l’éducation, la mobilité, et la sécurité, ont tous rassemblé un industriel, un représentant des pouvoirs publics et un sociologue, philosophe, ou chercheur.

Le premier constat, qui émerge de ces rencontres, est celui d’une définition partagée des enjeux et du rôle central que doivent jouer les nouvelles technologies dans la réponse aux défis sociétaux. Leur apport est essentiel pour rendre possible la transition énergétique ; construire une ville plus durable et sans doute plus agréable à vivre ; contribuer à la mutation numérique de l’éducation ; au besoin de sécurité numérique pour tous, (dans le respect des libertés individuelles et collectives) ;  et ouvrir de nouvelles perspectives dans le domaine de la santé, qu’il s’agisse d’e-santé, de télémédecine, ou encore d’autonomie à domicile.

Un second constat d’impose. Il ressort, en effet, de ces regards croisés, une volonté affichée des intervenants de participer à la nécessaire « mutation industrielle » et d’adapter notre société à ces nouveaux marchés.

Car au fond, ces enjeux sociétaux se déclinent tous en enjeux industriels.

S’il apparait que l’industrie française dispose de très nombreux atouts, dans ce domaine, faut-il encore réussir à faire émerger ces marchés du futur.

Comment posséder en France et en Europe des écosystèmes suffisamment matures pour être créateurs de croissance ?  

La plupart des intervenants appellent à une impulsion politique forte avec la mise en place d’une véritable stratégie industrielle, nécessaire à la naissance de ces nouveaux écosystèmes et au développement de filières. Les Etats-Unis, par exemple, ont lancé de grands chantiers sur l’éducation numérique ou sur l’e-santé, induisant ainsi que les impulsions qui sont données par la puissance publique génère naturellement des écosystèmes. Les observateurs s’accordent à dire que les pays qui connaissent les plus forts taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) sont ceux qui ont le plus investi dans le numérique et les technologies nouvelles (entre 25% et 40% de contribution du numérique à la croissance du PIB).

Une troisième tendance de fond émerge de ces débats, peut-être la plus fondamentale. Elle concerne la relation ambigüe qui se joue, entre les nouvelles technologie et le citoyen, entre l’espoir et la peur. Cette réflexion a irriguée l’ensemble des débats et tous les participants  ont insisté sur la nécessité d’une pédagogie aux nouvelles technologies. Dans « cette relation aussi prometteuse qu’ambivalente », former chaque citoyen aux atouts et aux risques de la société numérique s’avère primordiale. Il s’agit sans doute de la condition essentielle pour que les technologies puissent, non seulement, répondre aux défis sociétaux majeurs, mais permettre d’aller, dans le même temps, vers plus d’humanité…

Francis Demoz

 

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