Au delà de l’art, des technologies

Tous, nous sommes naturellement doués d’empathie sauf, peut-être, les dictateurs historiques et autres bourreaux contemporains qui figurent dans l’une des listes intitulées “Motherfuckers never die” que Jota Castro rédigea en 2003. Et l’extrême froideur du visage d’Adolf Hitler, lorsqu’il est représenté par Maruizio Cattelan, témoigne en effet d’une telle incapacité. Mais il est, pour nous autres, tout aussi impossible en cette 54e Biennale de Venise de ne pas avoir d’empathie pour l’artiste exposé au sein du pavillon égyptien. Il se nomme Ahmed Basiony et nous le découvrons au travers d’une performance antérieure, documentée par quelques séquences vidéo projetées. Datant de 2010, elle s’intitule “30 Days of Running in Place” car l’artiste, pendant trente jours, a couru sur la place, doublement isolé du monde extérieur, tant par les parois délimitant l’espace de l’œuvre que par celles de sa combinaison le recouvrant intégralement d’un plastique transparent. Durant une heure, chaque jour, cet artiste qui n’a cessé de promouvoir le potentiel créatif des outils Open Sources dans son pays, a couru. C’était au Caire, à côté du Palais des Arts. Les capteurs dont il s’était équipé transmettaient des data physiologiques qu’une application, en temps réel, visualisait par l’image. Mais cette performance, à elle seule, aurait-elle suffi à déclencher tant d’empathie si elle n’avait été accompagnée par d’autres images vidéo relatant le soulèvement d’un peuple quelque temps auparavant, Square Tahrir, là précisément où Ahmed Basiony a été tué par un sniper à l’âge de 33 ans. L’histoire, ici, l’emporte sur l’art, les technologies et le dernier texte que l’artiste a posté sur sa page Facebook nous rappelle qu’il faut savoir dire “non”. Celui-ci s’adressait aux jeunes comme aux moins jeunes en rappelant que c’était peut-être leur « dernière chance » de changer un régime qui n’avait que trop duré. Et la liste de Jota Castro de continuer à s’allonger.

Dominique Moulon

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