Aujourd’hui tous travailleurs… demain tous créateurs?

Lors de la révolution industrielle, dans de nombreux métiers, nos bras ont été remplacés par des machines. Nous nous sommes donc tourné vers des métiers où nous utilisons notre cerveau.

Aujourd’hui, avec les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle, c’est notre cerveau qui pourrait être, à son tour, remplacé. Des intelligences artificielles diagnostiquent déjà des cancers mieux que des cancérologues, remplacent des assureurs dans des compagnies d’assurance, conduisent des voitures de façon autonome… Et ce n’est que le début.

Si nos bras et notre cerveau sont remplacés par des machines, quel travail nous restera t-il ? Possiblement aucun. Et c’est tant mieux.

Cela impliquerait bien sûr une profonde remise en question de notre modèle économique, où le salaire est aujourd’hui lié au travail. Il faut dès maintenant imaginer des solutions pour redistribuer les bénéfices de cette automatisation massive, sous peine de se retrouver face à des foules en colère, privées de travail et donc de revenu. Une solution dont on parle de plus en plus souvent est celle du revenu de base universel : une somme fixe versée à chacun tous les mois, sans aucune condition, prélevée sur les gains de productivité liés à l’automatisation. Mais ce n’est qu’une solution possible parmi d’autres.

Supposons donc que chacun ait un revenu (même modeste) sans avoir de travail. A quoi ressemblerait cette nouvelle société ?

Si vous écoutez les adorateurs du Dieu Travail, majoritaires aujourd’hui, ce serait un monde bien sombre : des gens désœuvrés, déprimés, ne sachant plus quoi faire de leurs journées, privés de cette unique source de sens qu’est le travail… Après tout, n’est-ce pas déjà la condition de nombreux chômeurs ou retraités ?

D’un certain nombre d’entre eux, oui. Mais pas tous !

Nous sommes inconsciemment éduqués à voir le travail comme seul horizon de notre existence. Vivre sans travail demande donc une petite rééducation. Rien d’élitiste : une simple prise de recul.

Au fond, tout ce que nous pouvons faire d’enrichissant dans notre travail, nous pourrions également le faire sur notre temps libre. Mais l’inverse n’est pas vrai. En terme de liberté, c’est donc un gain net.

Si travailler devient facultatif, donc, rien ne nous empêche de continuer à travailler. Mais nous pouvons également créer. Créer de l’art, de la science, de la poésie, de la littérature, des relations humaines, des objets du quotidien, des expériences… Une création qui est sa propre récompense, et dont le partage enrichit la société.

Nous avons tous en tête le cliché du chômeur oisif et déprimé, tuant le temps devant la télévision, parfois poussé à l’alcoolisme… Mais on voit apparaître une nouvelle génération de chômeurs actifs, que l’on pourrait qualifier de « créateurs citoyens ».

Ils ont peu d’argent, tout juste assez pour se nourrir et payer le loyer. Mais ils ont un ordinateur et une connexion internet. Grâce à cela, ils ont accès à une quantité d’information vertigineuse : ils peuvent s’instruire dans tous les domaines imaginables. Ils peuvent apprendre à dessiner, écrire, composer de la musique, fabriquer des objets… Ils peuvent rejoindre des communautés en ligne rassemblant des passionnés d’un domaine précis, avec lesquels s’entraider et partager leurs créations. Dans ces communautés se font des rencontres et se nouent des amitiés qui, il y a seulement 30 ans, auraient été inimaginables.

C’est, selon moi, la plus belle réussite d’internet : permettre à des anonymes de partager gratuitement leurs créations, par simple passion. Romans, musiques, films, jeux vidéos, vulgarisation scientifique, réflexions philosophiques… ou recettes de cuisine. Et certains parviennent, de cette façon, à toucher une audience beaucoup plus large que par les moyens traditionnels.

Mais tout ce talent potentiel est aujourd’hui contraint et limité. Pour ceux qui travaillent, par le manque de temps libre. Pour ceux qui ne travaillent pas, par la précarité financière.

Et si, demain, la redistribution des gains de productivité permettait à chacun d’avoir à la fois un large temps libre et un revenu décent ? Chacun pourrait alors développer son talent personnel, de façon gratuite et désintéressée, et en faire profiter le monde… Demain, tous créateurs ?

Alexandre
pour l’Association Française Transhumaniste : Technoprog

There are 2 comments

  1. D.Laurent

    Nous sommes aujourd’hui, dans un monde où tous, nous avons des idées parfois communes et ou qui se ressemblent malgré le fait que nous ou ces personnes n’ont aucune interactions ou amitié entre elles . Certains réussissent à mettre en œuvre ces/ses idées et d’autres non.
    Dans l’instant où nous serions tous sous/fusionné avec l’IA, il serait fort à parier que nous puissions avoir les mêmes idées sur un moment ou intervalles différents et donné voir probablement lire dans les pensées d’un ou des autres sauf si intégration d’anonymisation et cryptage de nos cerveaux via l’IA pour notre propre protection.
    Aussi, nous ne pourrions pas tous en étant sous IA, donner vie à nos idées malgré l’augmentation de nos capacités cérébrales, cognitives car il serait fort probable et à parier que l’on se retrouve tous dans une forme d’anarchie totale.
    Il faut savoir et espérer peut-être qu’il y aura des robots sur tous les domaines avec des capacités différentes ou les mêmes capacités, il y aura nous les humains fusionnés avec l’IA sans emplois ( pourquoi travailler avec les capacités augmentées et avec des robots qui s’occupent du reste) et il y aura, les cyborgs ou humains handicapés augmentés par des membres bioniques sous IA eux-mêmes sous IA fusionnés .
    Ici, il serait utile de souligner le fait que nous ne pourrons pas mettre en place nos idées créatrices, nous ne pourrons pas tous être créateurs dans le risque d’une anarchie totale, mais nous serons tous libre et égaux sur le fait de voir qu’il n’y aura probablement plus d’inégalités sociales riches et pauvres-mais probablement une autre forme d’inégalité qui sera sur les ratés des fusions où rejets par le cerveau des implants IA, ou une forme de démence due à une mauvaise expérience et expérimentation d’un hacker souhaitant un bidouillage de son système IA-ou encore le fait de partir simplement sur la base que tous n’auront pas accès à cette fusion « riches et pauvres/inégalités » .
    Libres et égaux car les robots auront pris nos places sur le marché du travail malgré là aussi, le fait que dans un premier temps, des nouveaux emplois seraient créés mais aussitôt remis entre les mains des robots car plus adaptés, moins coûteux, et non syndicalisés.

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