Bienvenue à digital city

« La planète est devenue trop petite pour le progrès », Paul Virilio

Imaginez une cité intelligente dans laquelle les technologies et les réseaux permettraient de surmonter les problèmes d’environnement, de circulation, de travail. Une ville de verre et d’écrans, sans pollution, sans perte de temps, sans violence, sans chômage. Les transports physiques seraient réduits au minimum, et la généralisation de la visioconférence permettrait à chacun d’être citoyen du monde. Chaque immeuble disposerait de son système de production d’énergie renouvelable et d’une isolation parfaite. Toutes les productions polluantes et bruyantes seraient refoulées loin des zones d’habitation et gérées à distance de manière automatique avec un impact minimal sur l’environnement.

Les architectes et les aménageurs de cette cité-territoire seraient à la fois concepteurs des plans de la ville physique, des systèmes d’information et de l’architecture des réseaux. Les questions de gouvernance et de gestion des affaires communes seraient réglées par des outils de démocratie électronique. Tout serait relié, des puces placées dans le corps humain et les produits industriels, aux antennes et aux satellites quadrillant la surface de la terre. Le maître mot de la cité serait : « Harmonie du physique par le virtuel ! ».

Vous avez bien rêvé ? Et bien revenez sur terre maintenant… Chaque fois que l’humanité a rêvé à ce genre d’utopie, elle a produit des totalitarismes et les désastres les plus sanglants. La cité idéale n’existe pas, elle n’a jamais été réalisée sur terre et ne le sera jamais ; le numérique ne changera rien à l’affaire.

La réalité est plus rude : la première tâche des technologies de l’information dans l’organisation de la cité du futur, sera de pallier aux inconvénients amenés par le progrès scientifique et technique de l’ère industrielle. Il faut trouver, en urgence, des solutions à l’accumulation de la population dans les mégapoles, à l’accroissement phénoménal des transports des biens et des marchandises, aux dévastations de l’environnement. Or le numérique, effectivement, permet de lever certaines hypothèques sur l’avenir. La voiture 2.0, qui ne circulera en centre-ville que comme un élément du réseau des transports, en optimisant son trajet d’un stationnement à un autre, est une des clés de cette révolution urbaine. Dans les « smart cities » de demain, le développement des réseaux à haut débit permettra le télétravail, le maintien à domicile des personnes âgées et malades, la télémédecine, etc.

La première erreur à éviter, si l’on veut construire le monde de demain sur une conception mixte, concrète et numérique, c’est de faire table rase du passé, de construire une utopie dans le vide. Néanmoins, la virtualisation, et toutes les promesses contenues dans le « Cloud computing » permettent de continuer la marche en avant de l’humanité, en détachant la production de services de l’infrastructure réelle. Tout n’est pas rose dans le « Cloud ». On sait ce qu’il recèle d’inquiétude sur les pertes de données par exemple. Mais la sphère virtuelle permet de débrancher la fameuse « loi de Moore », qui affirme le développement indéfini de la puissance des ordinateurs. La société numérique se projette ainsi dans un Nouveau Monde d’innovation, d’imagination, d’efficacité, offert aux chercheurs, aux entrepreneurs et aux innovateurs. Une « noosphère », se juxtaposant à la « biosphère », pour reprendre l’expression de Teilhard de Chardin. Pas une utopie, un espoir.

Pierre de la Coste

Illustration de Cherokee

There are 2 comments

Commentez cet article