C’est simple, il suffit de devenir Dieu

« Toi aussi, t’es un Dieu quand tu peux contrôler ta destinée ». Il peut être étonnant de prendre cette phrase, tirée du Syndicat du crime de John Woo, véritablement au sérieux. Pourtant, elle résonne aujourd’hui d’une manière d’autant plus séduisante qu’elle semble plus que jamais possible. Dieu, dans la main de qui notre sort se jouait, est mort depuis bien longtemps et son remplaçant séculaire – le gouvernement représentatif pour les démocraties – paraît grièvement blessé. Un troisième Dieu pointe ces temps-ci le bout de son nez : l’homme. Ou plutôt les hommes, en tant que conscience collective permise par l’abolition des contraintes naturelles, décrétée par l’ère numérique. Ce bouleversement met entre les mains des individus tous les pouvoirs nécessaires pour contrôler ensemble leurs destinées. Et, partant, faire de l’humanité le seul Dieu réel. Ne reste qu’aux hommes à jouer le jeu et mettre en avant la seule valeur qui rendra cela possible : le partage.

La délégation, par le peuple, à une représentation ou un gouvernement quelconque, de la prise de décision globale n’a résolu que partiellement le problème de la verticalité du pouvoir. Si la route est droite, comme dirait l’autre, la pente reste forte. Les canaux de la démocratie ne fonctionnent qu’à moitié, la rouille et l’usure rendant difficile le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Or, à l’aune des problématiques globales rencontrées par l’humanité, il est tout à fait nécessaire de changer de point de vue et de redonner à chaque individu le fragment d’autorité qui lui est assignée. Pour construire, tous ensemble, non pas la Tour de Babel actuelle qui, par définition, finira par s’écrouler, mais pour constituer, parcelle après parcelle, le terreau fertile de notre destinée commune.

Ce qui pouvait apparaître, jadis, comme une douce mais utopique rêverie, voit ses conditions de réalisation se concrétiser peu à peu sous nos yeux. Jamais, en effet, les barrières culturelles, géographiques ou de langage n’ont semblé si fines entre les individus. Le temps du partage global des savoirs et des techniques est désormais possible, grâce aux facilités induites par l’ère numérique, qui a le don de lier chaque être humain aux 6 999 999 999 d’autres. Encore faut-il que l’homme réalise une dernière et gigantesque révolution : mettre fin à son indécrottable égoïsme.

Comment, oui, comment faire pour que nous devenions les mille colonnes du splendide palais de notre destinée ? Alors même que le ciment est prêt et que les pierres ont été taillées, la main-d’œuvre peine à se rassembler. Il faut dès aujourd’hui insuffler le goût de l’autre, faire entendre au monde que l’étranger n’est plus étrange et qu’il est au contraire cette main tendue à même de nous relever alors que nous tombons inexorablement. Nous sommes les homo sapiens, les bêtes intelligentes, avides de connaissances, il ne nous reste juste qu’à cajoler, qu’à bisouiller cette caractéristique innée et présente en chacun de nous. Quand, autrefois, nous usions de religions, de mysticismes ou de drogues pour aller chercher une autre vérité, une conscience multiple, une vision globale de notre univers, nous pouvons maintenant en sentir le goût en effleurant notre ordinateur. Et les résultats sont sensiblement plus rationnels.

Soyons donc simplement ce que nous sommes, ivres de perceptions et de savoirs simultanés, quand en retour nous partagerons, à qui le veut, le peu de connaissances que nous avons pu collecter. Pour que petit à petit, du local au global, les fragments de pouvoir que chacun possède se lient les uns aux autres pour former le tissu cognitif à même de donner naissance à nos avancées futures. Contrôlons, alors, notre destinée et devenons ce Dieu que nous avons enfin la possibilité de devenir.

Maxime Gueugneau

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