Concept chef – Recette de base de la révolution positive

Difficulté : délicat
Temps de préparation : plusieurs mois, voire des années
Temps de cuisson : 3-5 semaines

Avant de préparer cette recette, vérifiez que c’est bien une révolution que vous cherchez à concocter. D’autres recettes, en effet, partagent quelques-uns des éléments de la révolution : de cuisson rapide, sautée à feu vif et à découvert, la révolte a un goût très intense, mais produit des résultats moins durables et risque de vous laisser sur votre faim. Si vous n’aimez pas le gaspillage, le réformisme vous permettra de rehausser le goût de votre préparation de la veille en y ajoutant des aromates et quelques produits frais, avec une cuisson au pot au feu tout en douceur. Adapté à la plupart des palais, il est plus rassasiant… pourvu que votre recette d’origine soit riche et équilibrée ! Veillez surtout à ce que ses ingrédients ne soient pas périmés : autrement, il devient très indigeste.
Contrairement à l’idée reçue selon laquelle « trop de cuisiniers gâtent la sauce », la recette de la révolution positive est forcément collective. Tous ses ingrédients doivent être considérés dans ses dimensions individuelle et fédérative.
Comme toute recette de base, la préparation de la révolution positive a une infinité de variantes. À vous de l’enrichir et de l’adapter selon vos envies, vos moyens et vos besoins. Surveillez bien les ingrédients tout au long du processus : ils brûlent facilement, pouvant engendrer des externalités négatives.

Ingrédients

Pour la révolution :

•    1 contexte prérévolutionnaire
•    1 prise de conscience
•    1 remise en question personnelle et 1 volonté de cohérence
•    4-6 portions d’idéaux : justice sociale et économique, solidarité, partage, coopération…
•    1 projet de transformation sociétale
•    1 dose d’innovation capable de modifier l’ordre social établi
•    1 plan d’action pour renverser les institutions en place
•    Des mesures pour bâtir de nouvelles institutions et pour les protéger
•    1 système de partage équitable des moyens de production et de ses fruits
•    1 système fiable et accessible de partage d’informations indépendantes
•    Des mesures d’empowerment pour les citoyens
•    2 grandes doses de créativité et d’intelligence collective
•    1 pincée d’humour (pour servir)

Pour sa dimension positive :

•    1 définition claire du résultat favorable
•    2 portions de réalisme et de sens pratique
•    Des exemples de réalisations réussies (à volonté)

Réalisation

Le secret d’une révolution positive réside aussi bien dans la qualité de ses ingrédients et son mode de préparation que dans ses objectifs. Pour parvenir à un résultat favorable, prenez soin de les définir précisément. Dans un bol, laissez fermenter la veille les objectifs de votre choix jusqu’à l’obtention d’une définition claire. En arroser généreusement tous les ingrédients de votre préparation, afin qu’ils en prennent l’essence.

Pour préparer le lit de votre recette, sélectionnez les zestes prérévolutionnaires de votre contexte (crise institutionnelle, tensions religieuses, inégalités, violence économique, élites déconnectées, absence d’espoir et de perspectives..) et disposez-les soigneusement dans un plat à four.

Saupoudrez généreusement de votre prise de conscience, ajoutez la remise en question personnelle et la volonté de cohérence et enfournez pendant une semaine. Vous obtiendrez une couche épaisse et fondante.

À la sortie du four, ajoutez 4-6 portions d’idéaux (justice sociale et économique, solidarité, partage, coopération, altruisme…) et recouvrez d’un grand projet de transformation sociétale. Il convient d’utiliser un projet de taille, capable de conceptualiser le nouveau système définit dans vos objectifs. Versez quelques exemples de réalisations réussies, deux portions de réalisme et de sens pratique et faites cuire de 2 à 4 semaines jusqu’à ce que votre projet soit bien saisi et qu’il commence à devenir transparent.

Préparez la sauce. Faites fondre votre plan d’action dans une (ou plusieurs) doses d’innovation (technologique, de gouvernance, de « business model »…) jusqu’à ce que l’ordre établi commence à se colorer. Augmentez le feu et ajoutez en remuant les mesures pour bâtir de nouvelles institutions, en prenant soin qu’elles ne brûlent pas. Hors du feu, ajoutez les mesures pour protéger vos institutions et les trois systèmes de partage : d’informations indépendantes, de moyens de production et de ses fruits. Mélangez bien pour qu’il n’y ait pas de grumeaux. Parsemez de mesures d’empowerment, ajoutez la créativité et l’intelligence collective. Pour en mettre plein les papilles, saupoudrez d’enthousiasme et d’illusion.

Versez la sauce sur votre préparation et servez aussitôt avec une pincée d’humour, avant que le projet sociétal ne ramollisse.

Marta Grech

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