Confiance sans conscience…

Selon une série d’études, le niveau de confiance a un impact sur l’économie. L’une d’elle s’appuie sur cette question1 : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu’il faut être très prudent dans ses rapports à autrui ? ». La conclusion est sans appel : en comparant les pays pour lesquels le niveau de confiance est le plus élevé (pays scandinaves, du nord de l’Europe et anglo-saxons) on retrouve aussi ceux qui connaissent le meilleur taux de croissance du PNB par habitant. La psychologie parvient au même résultat et élabore quant à elle le concept de « prophétie auto-validante ». Une de ses illustrations la plus célèbre est sans doute l’histoire d’Œdipe : plus Œdipe et ses parents tentèrent d’échapper à la prédiction de l’Oracle de Delphes, plus ils firent précisément ce qu’il fallait pour la réaliser. Plus on redoute quelque chose, plus on favorise son apparition. Plus on cherche quelque chose, plus on éloigne sa réalisation. Méfiance et recherche de confiance génèrent donc une quête de sécurité, s’en suit une multiplication des précautions pratiques à prendre (par définition infinies donc jamais suffisantes !)2 qui aboutissent à un sentiment d’insécurité qui engendre lui-même toujours plus de méfiance3.

Mais si la confiance ne peut être une quête volontariste, comment trouver les ressources pour faire un pied de nez à la Pythie ?

Parce que la Pythie est partout !!! Dans nos attentes, nos préoccupations, nos croyances, nos convictions, dans les « on dit », dans les statistiques, dans les informations, dans la science ou dans les soupçons qui nous font penser que les choses vont ou devraient  suivre un certains cours plutôt qu’un autre… Autant de voix qui nous conseillent de toujours plus prévoir le danger pour l’éviter et institutionnalisent la névrose dans tous les lieux de notre vie, en particulier l’avenir, territoire de toutes les spéculations anxiogènes. Et la confiance, au milieu de tout cela ? Ou pire, la foi ? Actes de folie pure jetés à la face des assureurs et de tous les protectionnismes ? Auteurs de chaos et d’innovations ?

Oui, la confiance relève bien d’un acte délibéré, au-delà même d’un pari fou. C’est un acte de vie et de résistance, qualifiable de délirant, face à l’océan du doute, de l’improbable et de toutes les fatalités. En cela réside le secret. La confiance ne relève pas d’un travail ou d’une habileté car la spéculation fonctionne dans les deux sens. C’est pourquoi nous pouvons aussi « créer à partir de rien ». Imaginez que vous entrez dans une pièce avec la conviction d’être aimable et sympathique ou à défaut de faire « comme si » vous l’étiez… Et vous obtiendrez en miroir un accueil qui vous aurait été refusé avec le postulat inverse. Aucune magie à cela. Dans l’art du combat, et depuis la nuit des temps, le stratagème qui consiste à faire croire à l’adversaire que nous sommes beaucoup plus forts et résolus que nous ne le sommes en réalité, l’amenant ainsi à redouter la rencontre, nous offre un avantage4. « Le doute et la crainte d’avoir face à soi un adversaire plus habile opère mieux que la certitude quant à ses propres capacités, et crée insécurité et hésitation, ce qui suscite une tendance à éviter le combat. L’habileté à « créer à partir de rien » n’est pas seulement un des véhicules essentiels du pouvoir personnel et interpersonnel ; c’est aussi une compétence fondamentale qui nous permet de passer de la position de celui qui construit ce qu’il subit à la position de celui qui construit ce qu’il gère ». Autrement dit, la confiance ne réside pas dans une certitude à propos de SOI mais dans une certitude de gérer au mieux, en combattant toutes les peurs, parce qu’il n’y a pas d’autre choix.

Il n’est pas nécessaire d’avoir confiance en soi ou d’être mégalomane pour réaliser de grandes choses. Nelson Mandela se croyait-il Le Sauveur ou se contentait-il de ne pas pouvoir abandonner, trahir sa propre blessure ou de décevoir tous ceux qui le voyaient comme Le Sauveur ? La cause supplante le Moi. Et si nous pouvons nous centrer sur ce point précis, nous pouvons faire plier les puissances mondiales et pourquoi pas la « crise » elle-même.

À l’heure où tout s’accélère, se recompose et se complexifie, où la France est qualifiée de « société de la défiance »5 comment créer la confiance ? À partir de rien ! Et il en va de même pour l’émergence d’une société en réseau, ouverte, solidaire et créative.

Cependant, une question demeure : la confiance est-elle souhaitable ? Comme le souligne Nicolas Delalande6, elle peut aussi rimer « avec conservatisme et refus du changement » ou entrer en conflit avec d’autres valeurs tout aussi estimables telles que « l’égalité, la justice ou le progrès social »…

Alors un conseil… Ne recherchez pas trop la confiance, elle pourrait vous fuir !

Marie-Anne Mariot
marieannemariot.wordpress.com

1 Paul J. ZAK et Stephen KNACK, « Trust and growth », The economic journal, vol. CXI, n°470, mars 2001.
2 Même si vous obtenez par exemple la certitude que le risque de se tuer en avion n’est que de 0,08%, qui peut vous prouver à quel pourcentage vous appartiendrez ? La quête du risque 0 est un puits sans fond.
3 À ce propos vous pourrez utilement lire : « Faites vous-même votre propre malheur » de Paul Watzlawick, Seuil, p 57-58. « La prophétie peut triompher (amèrement) tant que l’on parvient à demeurer inconscient de sa propre contribution à l’évolution de la situation ».
4 Gorgio Nardone. (2003). Chevaucher son tigre ou comment résoudre des problèmes compliqués avec des solutions simples, Seuil, p 97-99.
5 Algan Y et Cahuc P. (2007). La société de défiance. Comment le modèle social s’autodétruit, Rue d’Ulm.
6 http://www.laviedesidees.fr/Une-histoire-de-la-confiance-est.html

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