Créateurs depuis toujours, créatrices depuis peu

Raconter des histoires est l’une des activités des humains depuis la nuit des temps. Imaginer, définir le contour des personnages, faire participer un groupe à la construction de cette fiction et croire ensemble à ce qui peut devenir mythe, culture, voire dogme, est le privilège de notre civilisation. La révolution cognitive, c’était il y a 70 000 ans et c’est ce qui permit, comme le notent les anthropologues, de transmettre de grandes quantités d’informations à son entourage. Le conteur, le troubadour en Europe, le griot dans les pays africains, allaient de village en village pour partager leurs créations. Seulement voilà, durant des décennies, il n’y eut que le sexe masculin à avoir le droit de créer grâce à cette aptitude et d’en extraire un jour une œuvre d’art par l’imagination. L’histoire se transforma alors en livre, tableau, musique ou en invention. Si les femmes étaient au contraire de magnifiques conteuses, elles ne pouvaient les dire que le soir à la veillée en chuchotant. De créatrices, point. Il fallut la première femme peintre, Artemisia Gentileschi au XVIIème siècle, pour que l’on reconnaisse aux femmes les qualités de créatrices. Et encore, même au XXIème siècle, il est toujours nécessaire que les femmes se mobilisent pour montrer qu’elles existent, alors que de nombreuses inventions utilisées dans notre vie quotidienne sont le fait de femmes.

Or, désormais on voit que la créativité devient une compétence cardinale dans ce nouveau monde d’automatisation, compétence indispensable et inévitable. La révolution numérique ne serait-elle pas en passe d’être aussi importante que la révolution cognitive et en avons-nous pris toute la mesure ? Certainement pas, mais nous savons d’ores et déjà que chaque être humain peut devenir créateur de sa propre vie sans pour autant être Camille Claudel ou Marie Curie. Les femmes ont enfin toutes les possibilités de choisir, d’imaginer leur vie et de tout faire pour la réaliser.

Qui dit révolution numérique, dit liberté

La révolution numérique actuelle commence par nous offrir la gratuité, gratuité du savoir et de la création des autres qui jusqu’alors vendaient fort cher leurs idées. La révolution nous permet ensuite le partage. Qui dit gratuité, dit possibilité pour tout un chacun de découvrir ce qui jusqu’alors était réservé à l’élite intellectuelle ou capitalistique, mais aussi pour l’individu isolé d’avoir la même possibilité de partager ses créations. Révolution ! Il n’est plus besoin de se poser la question « Qui suis-je ? » pour partager sa création ou de se poser la question fréquente chez le sexe féminin, « Mais en quoi suis-je légitime de faire cela ? ».  Le créateur ne se pose pas cette question, il fait. Enfin la révolution, après gratuité et partage, apporte la liberté. De faire, d’apprendre, d’imaginer et donc de créer et d’avoir un rôle social, ce qui était encore réservé à une élite masculine. Les femmes ont ainsi un boulevard qu’elles doivent emprunter rapidement.

Seulement, la création ne poussera que dans une société qui transformera totalement ses dogmes. Liberté d’entreprendre offerte de manière égale aux hommes et aux femmes, liberté d’essayer, d’échouer et de recommencer, la créativité ne réussit pas à tous les coups et pousse à se mettre en danger pour essayer. Liberté et autonomie dans les organisations et entreprises, qui sont encore tellement normées et hiérarchiques que peu d’êtres humains y trouvent le plaisir et la créativité qui imposent de sortir du cadre. Notre pays est encore régi par trop de cadres qui heureusement sont en train de sauter sous la force des réseaux. Liberté, enfin, devant le regard des autres, car créer c’est oser, mais devant des regards bienveillants afin d’éviter l’autocensure.

Nous vivons une révolution qui offre la gratuité, le partage et la liberté à ceux et à celles qui oseraient créer. Et les femmes ont désormais toutes les possibilités que vont leur donner les nouveaux outils pour se libérer des stéréotypes et devenir créatrices de leur propre vie.

Muriel de Saint-Sauveur

Commentez cet article