Creatis Mutandis

Robor a réalisé des performances, lectures et conférences en Orient (express) et en Occident. Il a reçu quelques prix, des hautes récompenses et des honneurs. Pourtant, Robor n’a pas manqué de happenings : même sur le Pont refait à Neuf ou avec les grands à Venise.  La créativité était comme une chemise qu’il arrivait à porter.

Dès le matin, face à son miroir – avec un make-up d’étoile de cinéma-, il se disait : « je suis bon et connu. J’ai le pouvoir. Je suis prêt à tout ». Il récitait toujours la même phrase : « Je suis le Tout, ou presque… ». En se reflétant sur les leds interactifs, Robor devait ressentir un doute dans le fond de son cœur.

Il a pu compléter une formation universitaire internationale au Hard Ware et partage ses connaissances avec les amis du pouvoir (de) pourvu de sens. Et il comptait rester sur la planète plus de temps que prévu. Plus, beaucoup plus que les autres ! Ayant cru arriver au ciel et aux galaxies et parler avec le bon Macro Exemple.

Robor se déplace  avec difficulté vu la lourdeur de la tâche : néo-moins avait une tête de robocoop. Cela n’était pas le fruit du hasard car Robor devait se conformer à son modèle mécanique préféré.
Et il revenait aux microbes et à la cybernétique. Termes bannis que le Grand Créateur avait remis à la mode.

Robor aimait l’art, regardait et collectionnait des peintures en cachette. La créature se déplaçait de la Goutte d’Or à la Bastille que pour aller au cinéma. Il était vêtu d’une couleur grise sombre bleuâtre, une veste à toute épreuve avec une couche mince de produit bio protecteur presque impénétrable à la lumière et aux agents pathogènes. Avec des bottes pourvues des capteurs, personne ne pouvait l’approcher sans dépasser la barrière invisible de neutrinos. Et en plus, Robor était payé : tout cela pour mettre en valeur les nouveaux produits de l’industrie bio techno chimique !
Derrière un geste immuable, Robor dissimulait ainsi bien ses prouesses et était impitoyable. Qui pourraient être ses ennemis ? Tous des fantômes ! Mais est-ce qu’on connaît l’histoire de ce personnage mince qui luttait contre les moulins à vent ?

Ainsi habillé, il regardait du haut de son mètre soixante-quinze, la ligne d’horizon, apercevant le gris des rails et la grisaille du Quai, dernier stop-métro. Pour chasser l’ennui que provoquait la ville, il  faisait l’effort de penser qu’il était quelque part ailleurs. Mais où ? Dans les grandes avenues de Berlin ? Non, le vent gelait ses entrailles… Dans la ville labyrinthique… comme Buenos Aires ? Non, ses souvenirs étaient trop chargés de nostalgie et de bouleversements. La ville dans laquelle Robor se promenait vêtu d’une âme noire pré annonçant une mort ou disparition certaine était New-York. Robor prenait l’allure de quelqu’un qui va de Lower-Manhattan à Soho. En réalité, il allait voir une de ses œuvres accrochée dans une galerie : un virus I.V.H. réalisé en image de synthèse. Il écrivait ses mémoires à partir des récits  accablées – les ramassait  de la toile et virait à droite et à gauche – de son virement virale. Après un peu de temps et des allers-retours, toujours  pressé par des avatars, quelques-uns de ses titres avaient survécu sur la toile…

Ensuite, Robor est allé au Sud mais en regardant le Nord. Ce personnage est allé parfois au Sud mais en regardant le Pôle. De temps en temps, Robor traversait l’Equateur littéraire et artistique. Une fois dans le train, il avait  aussi jeté ses écrits par (la French Window) la fresh widow. Pour cet archétype, rien n’a changé, ni après ni avant.

Actuellement Robor entreprend un rallye sur un iceberg avec un pingouin.
Il est parti… là-bas où la cartographie se fait étroite.
Et il a fait la couverture de tous les journaux !

Susana Sulic

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