Creative Living : et si vous créiez la vie qui vous va bien ?

Être créatif ne se limite pas à produire de l’art. En développant notre créativité dans toutes les sphères de notre vie, nous reprenons le pouvoir. Et nous nous rapprochons du bonheur. C’est cette manière de vivre, le Creative Living, que j’essaie d’appliquer au quotidien.

Être créatif, c’est aussi être capable d’inventer sa vie, de lui donner forme – l’informer -, de créer du neuf à partir de ce qui est déjà là (ou pas). Agir, autant qu’on le peut, sur les paramètres qui dépendent de nous. Se poser la question, profonde, de ce qui nous rend heureux ou malheureux, et des choix qu’on peut poser, des petits pas qu’on peut faire, pour qu’elle nous paraisse un peu plus douce.

Chacun cherche son flow

Je suis en train d’écrire un livre sur les douances1 et le bonheur, et je me nourris des matériaux récoltés au fil de mon enquête. Une lecture m’a récemment aidée à approfondir ma réflexion sur la créativité : Big Magic – Comme par magie 2 . Dans ce petit manifeste, Elizabeth Gilbert, auteure du best-seller Mange, Prie, Aime, revient sur le processus créatif en défendant une conception que je trouve inspirante et qui résonne avec mon expérience de cette dernière année.

Elle nous livre sa recette : le courage, l’enchantement, la permission, la persévérance, la confiance, la divinité. Elle nous rappelle que créer sa vie, c’est y saupoudrer un peu de magie. Être à l’écoute des signes en tout genre. Écouter son intuition, quand elle surgit sans qu’on ne sache bien d’où ni pourquoi. S’autoriser à être créatif, ne pas se juger soi-même, mais prendre le risque du jugement de l’autre et de l’incompréhension. Se faire plaisir. Accepter de se laisser surprendre, de ne pas savoir.

Elle revient aussi sur la figure de l’artiste maudit qui peine à produire des œuvres qui le satisfassent en dehors de la peine. Je pense que je m’y suis longtemps reconnue, bien que n’ayant pas de prétention artistique ! Mais je la comprends tellement quand elle exprime le bonheur qu’elle ressent quand elle écrit. Le flow, qu’évoque si bien le psychologue hongrois Mihaly Csikszentmihalyi3 . L’impression de faire la bonne chose au bon moment, sans voir passer le temps.

Pas que ça soit toujours simple et limpide, non. Pas que cela ne demande pas de travail, de la persévérance et beaucoup de confiance, en soi et dans le monde, non. J’ai toujours aimé écrire mais c’est seulement après les attentats de Charlie Hebdo, que j’ai pris conscience de l’importance de transmettre avec mes mots ce que j’avais dans mes tripes. Un désir d’écrire intriqué dans un désir de vivre.

Trouvez votre propre formule magique

Elizabeth Gilbert imagine le génie créatif comme un petit être qui viendrait nous rendre visite quand on créé les conditions de son apparition, notamment le travail. Ce plaisir ressenti, cette impression de faire ce qu’il faut pour réaliser un peu plus son être justement, c’est un trésor. Une pépite dorée qui a le potentiel d’irradier toutes les sphères de votre vie.

Je vois la vie comme un puzzle dont les formes et les couleurs changeraient en permanence, m’invitant à chercher les nouvelles pièces à ajuster. Face à tant de beauté et d’incertitude, je fais le choix de la confiance plutôt que la peur, du rêve plutôt que de l’effroi, de l’optimisme plutôt que du pessimisme. De composer avec cette complexité et de refuser la binarité. De mettre des couleurs vives là où c’est trop gris. Ça ne veut pas dire que j’ignore la réalité ou que je n’ai pas conscience de toutes les horreurs qui nous guettent. Je fais simplement le choix du verre à moitié plein.
Ce qui nous distingue encore des intelligences artificielles, c’est notre conscience. C’est aussi ça qui nous rend créatif. Le fait que les machines puissent être demain dotées de créativité nous dispense-t-il du besoin et de l’élan vital d’exprimer notre créativité ? N’est-ce pas au contraire une invitation à la déployer pleinement, comme un des aspects centraux de notre condition d’être humain ? Ce qui nous rend vivants ?

Que vous aimiez écrire, peindre, méditer, travailler le bois, faire du skate, du yoga ou du scrapbooking importe peu. La vraie question, c’est : qu’aimez-vous faire qui n’appartienne qu’à vous – qui n’a d’ailleurs pas forcément besoin d’être montré ou partagé – et vous rende suffisamment heureux pour que le reste de votre vie s’en trouve sublimé ? Vous n’avez pas encore trouvé ? Imaginez, construisez, déconstruisez, rêvez, autorisez-vous. Cherchez, c’est ça votre premier pas.

Flora Clodic-Tanguy

  1. La douance renvoie à la précocité intellectuelle ou au surdon. Dans mon livre, j’évoque LES douanceS car je considère aussi d’autres formes d’intelligence (intuitive, créative et émotionnelle). []
  2. Elizabeth Gilbert, Big Magic, Creative Living without fear, Bloomsbury,  2015. []
  3. Voir Mihaly Csikszentmihalyi, Flow, le secret du bonheur, TED. []

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