Du “fast” vers le “slow”, du “online” vers le “offline”

Nous vivons sans doute l’une des périodes les plus paradoxales de notre histoire contemporaine. D’un côté, les crises (qu’elles soient politiques, économiques, écologiques, etc.) s’accentuent et creusent le faussé des inégalités. De l’autre, les progrès et les avancées technologiques nous laissent penser que nous sommes de plus en plus agiles et « capable d’immortalité ». Les deux tendances « fast » versus « slow » nous piègent comme dans un vice. On veut vivre « slow » mais l’on doit travailler « fast », nous nous informons « fast » mais l’on souhaite digérer l’information « slow ». Est-ce vraiment possible ? Sommes-nous armés pour cela ?

L’art joue de plus en plus un rôle de révélateur de la société contemporaine en renvoyant une image critique de notre temps. Il est une sorte de « médiateur », capable d’effectuer cette transition du « fast » vers le « slow ». Il aide à décrypter des discours, là où ceux-ci semblent se superposer. Au-delà de positionnements idéologiques irréconciliables, le rôle de l’art est justement d’ouvrir le dialogue sur les sujets qui traversent la société. Il est ce lieu du partage d’idées mais aussi de crainte et de mise entre parenthèses des certitudes. L’art se vit comme le lieu primordial du partage, au-delà des identités nationales, des cultures, des langues, des territoires et des distances. Il nous lie fondamentalement, pas uniquement à travers des objets ou des formes, mais à travers des expériences partagées.

L’idée du partage (sharing), aujourd’hui très répandue, se constate partout : dans l’industrie (partage pour accroître la consommation), dans la culture (développer des stratégies pour connecter davantage l’art et le public), dans les médias et les réseaux sociaux qui font désormais partie de notre quotidien. Partager, c’est être présent pour les autres dans la vie online. Mais que reste-t-il dans la vie offline ? Est-il possible de développer une « stratégie du partage » dans une société de plus en plus concurrentielle ? Peut-on reproduire dans la vie réelle les règles du copy left et du sharing is caring ?

« La Famille Offline » de Asociatia Replika

L’enjeu soulevé ici, et la question qui se pose, est de savoir comment transférer les outils et « l’envie de partage » online vers le partage offline. De nouvelles communautés très actives et impliquées se créent presque tous les jours sur Internet. Cette société en réseaux, interconnectée, ne se contente plus d’absorber l’information, elle la crée. Le pouvoir du online semble donc sans limite, à la seule condition que subsiste l’énergie du offline. Et dans ce cas, les bonnes pratiques du online seront-elles capables de contaminer le offline qui demeure encore un « champ de bataille » sur le terrain du partage. Pour « apprendre le job », selon l’expression consacrée de Jaron Lannier, peut-être faudrait-il que l’homme revienne à ses fondamentaux et qu’il applique dans la vie réelle toute l’expérience acquise depuis plusieurs décennies dans le monde virtuel. Un retour aux sources augmenté en quelque sorte…

Miki Braniste

« La Famille Offline » de Asociatia Replika

« La Famille Offline » de Asociatia Replika
Ce spectacle traite du phénomène migratoire de parents roumains vers les pays de Ouest, contraints de confier leurs enfants aux grands-parents restés en Roumanie. Les formes de communication virtuelles, même les plus sophistiquée, ne pourront remplacer la présence physique d’un parent.

 

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