Emergence du Nouveau Paradigme : le Viractuel

Le viractuel est une théorie ayant pour but de voir, comprendre et créer des interfaces entre technologique et biologique. Au fondement de cette conception du viractuel se trouve le virtuel : en tant que produit des techniques informatiques, il est un élément déterminant quant au développement et à la compréhension de la vie aujourd’hui (et donc de l’art). Et c’est cette production virtuelle, qui relève du domaine du numérique, et qui se développe depuis quelques temps déjà, qui place les artistes dans une situation paradoxale avec d’un côté l’apparition du numérique (le virtuel) et d’un autre côté, le non électronique c’est-à-dire le corporel (l’actuel). Le fusionnement de ces deux modes, qui tend à renier certains clichés technologiques pourtant primordiaux de nos jours, est ce que j’appelle le viractuel. C’est cette fusion à la fois poétique et paradoxale qui constitue en grande partie la force et le moteur de cette théorie, et de l’art qui en découle.

La numérisation est la métaphore clé du viractuel dans le sens où il s’agit du procédé de conversion élémentaire utilisé de nos jours. En outre, le viractuel admet et réemploie le pouvoir du numérique tout en restant ouvert, culturellement parlant, aux valeurs prestigieuses du monumental et de l’immuable, soit des qualités susceptibles d’être retrouvées dans certaines œuvres d’art analogique fascinantes par ailleurs fondées sur la valeur spirituelle de la beauté.

Pour moi, le viractualisme se fait le témoin d’une sensibilité naissante nouvelle qui intègre à la fois certains aspects relevant du domaine des sciences, des technologies, de la mythologie et de la conscience : une conscience esthétique luttant pour s’accorder au mode de pensée prédominant actuellement et selon lequel tout, partout, ici et maintenant, est connecté en un réseau de transmission rhizomatique. Mais le royaume caché du viractuel est aussi un chaosmos politico-spirituel dans le sens où de nouvelles formes ordonnatrices peuvent apparaître de façon telle que toute forme d’ordre ne soit que temporaire et provisoire. Toute création ou appréhension viractuelle soumet ses signes à une sémiosis interchangeable et infinie – c’est-à-dire que les signes peuvent être changés en d’autres signes. Il est ici possible, bien entendu, de trouver des résonances et des ressemblances entre deux opposés formels et conceptuels. D’où ma volonté de considérer les termes et le concept de viractuel, tout comme celui de viractualisme et de viractualité, comme pouvant nous aider dans notre tentative pour définir ce troisième type de réalité issu de cette fusion interspaciale ; une réalité fruit de la rencontre du virtuel et de l’actuel.

Joseph Nechvatal
traduction : Eva Richard

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