Et si nous rendions l’empathie virale, sans jamais en trouver l’antidote ?

En tant que designer, l’empathie m’est bien évidement empathique et à la question « Le numérique est-il une chance pour construire une société de L’empathie ? » je répondrai oui.

Tout designer doit pratiquer l’empathie comme sa matière première. L’exercice même de ce métier ne réside t-il pas justement dans l’idée de se mettre à la place de l’autre pour répondre au mieux à ses besoins ?
Pour ma part, quand j’entends parler de “design empathique”, j’y trouve là un pléonasme révélateur des ambiguïtés qui gravitent autour de cette pratique multiple qu’est le design d’aujourd’hui.
Le design ne peut être qu’empathique !

Mais comment alors se mettre doublement à la place de l’autre ?
Quand cet autre est à la fois une marque puis un usager, sachant que ces deux entités évoluent dans des problématiques souvent opposées…

Cette double posture d’imprégnation a développé chez le designer que je suis, une pathologie professionnelle que je nommerais ici
« la schizophrénie empathique du designer ».

Cette pathologie s’explique par une pratique du design – qui essentiellement alimentée par des marques – ne m’a jamais éloigné de celui à qui je ne cesse de m’identifier, l’usager.

Ce dilemme est à l’origine d’une pathologie qui déontologiquement devrait rester incurable car elle semble le seul rempart face au premier antidote capable d’anéantir toute forme de société de l’empathie :
J’ai nommé ici le Marketing !

À mon sens, le marketing immunise les marques de toute forme d’empathie et cela pour deux raisons :
D’abord, parce que le marketing est loin d’être schizophrène ; il n’a d’empathie que pour son client, en l’occurrence la marque.
D’autre part, parce qu’il y a une emprise globale du marketing dans l’élaboration d’une relation marque/client, qui poussée par celui-ci se base exclusivement sur des critères stratégiques de rentabilité qui, bien évidemment, n’ont d’objectif de profiter qu’aux marques.

Les nouvelles technologies et en particulier les technologies d’interaction semblent êtres les outils d’avenir dont le design doit se servir afin de rétablir une relation plus empathique entre les marques et les usages.

Design d’interface, design interactif, design atmosphérique, ou encore design poly-sensoriel, offrent une infinité de champs des possibles.
Aux designers maintenant de s’en emparer, car ce sont là les territoires d’expression et d’interaction de demain. Ces nouvelles pratiques devront amener les marques à se positionner de manière plus altruiste en concentrant une partie de leur énergie au service et au bien-être de nos sociétés. Ça vous semble naïf… ?

Gaël Hietin

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