« Être Homme, c’est précisément être responsable » St-Exupéry

Le processus d’empowerment1 induit les notions d’autonomie, de responsabilité, de contrôle sur soi et de pouvoir. Mais il n’existe pas de pouvoir sans sa contrepartie, la responsabilité. En effet, pouvoir et responsabilité sont indissociables de l’empowerment : les deux faces d’une même médaille.

Le phénomène d’empowerment est en train de prendre une réelle ampleur à l’ère numérique. Les individus ont pris conscience qu’ils détenaient collectivement des « super pouvoirs » décuplés par les réseaux sociaux et ils s’organisent en communautés pour alerter, mobiliser et faire réagir les foules. L’empowerment les incite aussi à davantage coopérer, s’organiser, s’engager, prendre leurs responsabilités, en même temps qu’ils (re)prennent le contrôle sur leur vie personnelle, professionnelle, sociale…

Il existe évidemment des barrières à cet empowerment. Comment changer d’ère dans un monde crispé sur ses modèles traditionnels et ses vieux réflexes de pouvoir, de management, de création ? Les élites (politiques, économiques, médiatiques) qui exerçaient jusqu’alors un pouvoir pyramidal semblent désemparées : cette expression démocratique les contraint de plus en plus à partager leurs pouvoirs et, jusqu’à présent, le pouvoir s’exerçait plutôt sans partage.

De nouveaux jeux de pouvoir à l’œuvre dans la société et l’entreprise

En dépit des résistances, les individus s’emparent des technologies existantes et bouleversent la société, les business models, la relation au travail, etc. Ces nouveaux jeux de pouvoir à l’œuvre dans la société et l’entreprise entraînent déjà de profonds changements des systèmes d’influence, plus de transparence et de contre-pouvoirs citoyens, de nouvelles capacités de savoirs et de diffusion des savoirs, de nouvelles possibilités d’exercer nos pouvoirs pour mieux contrôler les événements et relever les grands défis économiques, technologiques et sociétaux de la révolution numérique.

Se posent alors les questions de la désintermédiation sous toutes ses formes, d’une vraie démocratie participative, des leviers de pouvoirs dans un contexte où les grands lobbies, les politiques, les médias… tentent de résister. Même les plateformes de mise en relation se font « uberiser » par les citoyens aujourd’hui ! Il est sain d’imaginer Uber ou Airbnb pris à leur propre piège…

Dans son livre L’urgence de la métamorphose (édition Des Idées & des Hommes, 2007) Jacques Robin, fondateur du Groupe des Dix qui a inspiré et donné son nom au Forum Changer d’Ère, appelait à une complète métamorphose de la société. Si l’ancien monde domine encore… ses jours sont comptés !

Il ne faut pas ignorer le côté sombre de l’empowerment et les effets pervers toujours possibles : les mouvements de foules sous le coup de l’émotion et les risques de manipulation massive, la tentation de capter, voire d’abuser de ses tout nouveaux pouvoirs… Ces grandes mutations nées du numérique, qui bouleversent les rapports de pouvoir, mais aussi nos vies personnelles et professionnelles, semblent parfois mettre le monde à l’envers. Pour certains, au contraire, c’est un monde qui retrouve enfin un peu de sens. C’est aussi une opportunité de transformation profonde et durable de notre société.

Certes, le sens de l’un est parfois le contre-sens de l’autre… Le bon sens face à un monde de carcans imposé par les politiques et les grands lobbies. Mais faisons confiance à notre tradition associative et coopérative, bref à la sagacité collective pour remettre un peu de bon sens dans ce monde à l’envers…

Parce que ce monde à l’envers qui émerge du chaos ambiant est bien plus censé, bien plus à l’endroit en réalité quand il donne le pouvoir au citoyen, tout en préservant l’intérêt général. Le monde à l’endroit, c’est aussi toute une jeunesse qui fait preuve d’une incroyable créativité et conserve foi en l’avenir. « La jeunesse est la seule génération raisonnable » affirmait François Sagan. Je suis d’accord : laissons la jeunesse (les Millenials pour reprendre l’expression à la mode) décider de son futur et, au minimum, montrons-lui la voie de l’émancipation !

Prendre le contrôle sur sa vie

Cette déconnexion de nos élites, son incapacité à analyser les causes profondes de ce monde en transformation, contraignent les citoyens à « faire avec » en mutualisant les idées et les moyens pour imaginer, en marge des institutions, des solutions à des problèmes de plus en plus complexes.

Ce phénomène est mondial : une révolution silencieuse et pacifique est en marche. Des mouvements moteurs de changement positif émergent aux 4 coins de la planète. Sans attendre des directives venues « d’en haut », des individus lancent des initiatives qui profiteront à tous. Des millions de gens prennent leurs responsabilités. En changeant la société, ils se sentent responsables non seulement de leur avenir, mais de celui de toute la communauté. Ces « gens qui font » sont de plus en plus nombreux et appartiennent à toutes les générations.

En France, ces lieux d’innovation pour la pensée, dans ce contexte de changement de paradigme économique et sociétal, se nomment : Bleu, Blanc, Zèbre, Babyloan, Cap21, Change.org, Compte Nickel, Démocratie ouverte, Hackyourphd, HelloAsso, IFs, Kisskissbankbank, MakeSense, Ouishare, Place2B, SoScience, Women’Up, ZupdeCo… pour ne citer que ceux présents au Forum Changer d’Ère. La société collaborative -ou « l’ère du partage » comme aiment à l’appeler les médias- est en train de remettre à l’endroit ce monde qui semble avoir perdu le sens de l’essentiel, voire le sens tout court.

En faisant confiance à la dynamique citoyenne, à la société civile agissante au bénéfice de tous, cette révolution solidaire et positive touche peu à peu tous les pans de la société et les solutions imaginées par de simples citoyens, des élus, des associations, des entreprises sont transposables à d’autres domaines parce que le processus d’empowerment est contagieux, et parce que des leviers de changement positif existent partout, même dans les grandes organisations, même chez les politiques ! Oui, il existe aussi des bonnes volontés là où l’on ne s’y attendait pas. D’où l’importance de savoir les identifier. Parce qu’on ne peut construire que sur ce qui rassemble, ne nous focalisons pas sur ce qui divise.

Nous le voyons, la relation gouvernés-gouvernants est en train de changer : nos modèles, l’autorité, l’exercice de la démocratie… sont remis en cause. Comment faire en sorte que ce soit pour le meilleur ?

Dans le contexte actuel de crise et d’incertitude, d’un monde en accélération et en complète transformation, le Forum Changer d’Ère #4 a proposé une nouvelle journée de débats et d’échanges pour comprendre et construire ensemble le monde de demain. Chacun de nous peut, à son niveau, créer les conditions permettant de mobiliser à l’échelle de l’individu ou de la collectivité. Chacun peut contribuer à changer d’ère pour le meilleur en faisant sa part, en faisant sienne cette citation d’Antoine de Saint-Exupéry, que j’ai choisie pour illustrer cette 4e édition du Forum Changer d’Ère : « Être Homme, qu’est-ce que c’est ? Être Homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. ».

Véronique Anger-de Friberg

 

  1. Empowerment, que l’on peut traduire en français par autonomisation, et en québécois par capacitation ou empuissancement. « Empowerment* : partager le pouvoir à l’ère des émancipation réseaux sociaux », tel était le thème de la 4ème édition du Forum Changer d’Ère qui s’est déroulé à la Cité des Sciences et de l’Industrie le 2 juin 2016. []

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