Faire confiance à l’intelligence collective

Nous sommes passés avec le numérique, de la rareté à l’abondance. Tout ce qui est duplicable aujourd’hui est disponible presque à l’infini, d’où l’explosion de la gratuité, alors que les majors et les studios font appel à toujours plus de répression, prêts à criminaliser les internautes et donc leur public, et qu’il est toujours de plus en plus question de régulation de l’Internet dans les arcanes du pouvoir. C’est le moment idéal, de tenter une nouvelle approche, de s’intéresser à ceux qui ont choisi de ne pas considérer les internautes comme des voleurs, mais au contraire, de faire appel à eux dans le processus de production et de diffusion de leur œuvre. Je vous invite à vous intéresser à l’un des projets emblématiques de la Culture libre, le film espagnol El cosmonauta, qui prouve que les choses pourraient être abordées différemment.

Le cosmonaute : l’invention d’un modèle hybride où l’internaute est au cœur du processus

Après plus de quatre années de travail, le film espagnol Le Cosmonaute de la jeune société de production madrilène, Riot Cinéma Collective, a été lancé mondialement en mai 2013, à Barcelone.  Ce long métrage de science-fiction présente des caractéristiques très particulières, puisque il est fondé sur la participation des internautes, du co-financement au processus créatif et à la diffusion. Ainsi, son financement a en partie été assuré par le biais du crowdfunding et a fait le pari d’abandonner la notion de chronologie des médias pour être diffusé, dès sa sortie officielle, simultanément en ligne sous une licence Creative Commons (CC-BY-NC-SA), en salle, à la télévision et sans renoncer à une distribution en DVD.

Faire confiance à l’intelligence collective

Ce qui pouvait apparaître comme une aberration économique, il y a encore même quelques mois, est devenue une stratégie réfléchie et ambitieuse. Les jeunes producteurs, Nicolás Alcalá, Carola Rodríguez et Bruno Teixidor ont, selon eux, juste décidé de voir Internet comme un atout et les internautes comme des alliés.

Le fait de recourir à des solutions innovantes, comme le crowdfunding et les licences Creative Commons, est clairement assumé comme un acte militant par l’équipe du film et un moyen de tisser une nouvelle relation avec le public.

Ils ont fait le choix de faire confiance aux internautes et ils ne l’ont pas regretté, même s’il convient de rappeler que l’aventure a tout de même été longue et semé d’embûches.  Près de 360.000 € ont été rassemblé grâce à l’apport de plus 5000 internautes (ce qui en a fait d’ailleurs pendant longtemps le record européen pour une campagne de crowdfunding). Le budget global avoisinant les 900.000 €, le reste a été assuré par du sponsoring, de la prévente et le merchandising.

Ils démontrent, selon moi, qu’il est plus que jamais possible d’innover et de mettre à profit l’intelligence collective pour saisir l’opportunité de développer une création indépendante et entreprenante, développant son propre modèle économique.

Le temps des schémas établis est révolu, Le cosmonaute ne prouve pas qu’un nouveau modèle émerge, mais qu’Internet offre des perspectives pour celui qui souhaite entreprendre. Il est vital, pour les artistes à l’ère du numérique, de ré-enchanter la relation, soit par le lien qu’ils créent avec leur public (peut-être dans un accès facilité dans la création de liens de proximité ou affectif), ou par l’apport de valeurs ajoutées, (dans un rapport qualité prestation optimisée ? Personnalisé ? Exclusif ?).

Nicolas Dehorter

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