Goodbye Mister Orwell

« En creusant le vers à ce point, j’ai rencontré deux abîmes qui me désespèrent. » Stéphane Mallarmé

Juste 3 ans après le premier programme par satellite de Nam June Paik, Good Morning, Mr. Orwell, lors de la nouvelle année, entre l’ancien et le nouveau continent, j’ai commencé à creuser l’histoire pour en arriver, aujourd’hui, 27 ans plus tard, à trouver deux abîmes qui ne me désespèrent plus. Dans son édito à ce numéro sur « Agir », Nils Aziosmanoff évoque deux leviers de transformations actuelles du monde « les machines qui pensent » et « l’énergie créative de la multitude ». Pourtant, ce passage de l’électronique au numérique ne fait que diffuser dans l’environnement planétaire un langage codé qui n’a trop souvent plus rien en commun avec un univers poétique.

C’est un rapport avec l’agir proche de l’enstase qui me permet de mieux comprendre l’importance du langage – dans sa forme négative au cœur du roman 1984 de Georges Orwell – qui explique chez Nam June Paik cette référence dans son installation, en 1984 à la télévision entre New-York et Paris, à laquelle des artistes comme John Cage, Charlotte Moorman, Laurie Anderson, Peter Gabriel, Philipp Glass, Allen Ginsberg, Merce Cunningham et Joseph Beuys, etc. participèrent en toute inconscience artistique et sans fascination aveugle pour la technologie émergente1.

Allen Ginsberg chante Do the Meditation Rock pour Good Morning, Mister Orwell

Allen Ginsberg chante Do the Meditation Rock pour Good Morning, Mister Orwell

La poétique qui se connecte à cette histoire est une mémoire plus active que toute action de réseau accumulant flux sur flux d’informations. C’est un petit rien qui cultive un moment juste dans ce lent gage d’une créativité pensée comme sans limite depuis l’ère mécanique. Et il existe bien des formules mathématiques pour appréhender cette inconnaissance artistique sans sens. C’est Nam June Paik qui nous en transmet une, justement, en résonance avec cette œuvre. J’ai tenu à la citer dans mon récent catalogue gratuit She Loves Control que je vous invite à télécharger et imprimer vous-même.

Car « Il n’est jamais trop tard pour ne rien faire du tout », c’est l’une des paroles d’Allen Ginsberg dans ce programme vidéo de Nam June Paik. Cette posture façonne en partie une possible réponse au contrôle du monde qui se déplie quotidiennement autour de nous. L’air de rien, je ne parlerai pas ici des véritables prémisses d’un art satellitaire mais connecterai plus de manière ouverte cette filiation avec une scénographie dont la sphère est loin de nous avoir tout enseignée pour agir. La Zéro-graphie et/ou Zen-ographie post-scénographique ne vous parle sans doute pas, et c’est désespérant parce que c’est réellement un chemin d’abîme depuis Mallarmé. Mais inversement, la multitude qui consiste à croire aux interfaces pour mieux vivre avec les autres, sans un langage artistique qui n’est pas une agitation créative mais touche à son existence, ne peut que rajouter du contrôle au contrôle.

Par tant de méconnaissances ou d’incompréhensions contemporaines, par-delà l’année 1984, et même 2014, plus que jamais, l’interrogation permanente dans les trouées de l’électronique, du numérique, produiront encore un souffle vivant l’année prochaine.

 Franck Ancel

 

 

  1. Good Morning, Mr Orwell : https://www.youtube.com/watch?v=0oUdI-KFCyU []

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