L’innovation et l’action collective, remèdes à l’anthropisation

A long terme, une croissance économique continue dans un monde aux ressources limitées aboutit nécessairement à une impasse. Il n’y a guère que quelques économistes et responsables politiques pour ignorer cette réalité mathématique. Ainsi, une croissance moyenne annuelle de 1,5% du produit intérieur brut mondial sur les deux prochains siècles aboutirait à multiplier ledit PIB par 20. On imagine aisément la pression sur l’environnement et, en particulier, sur les ressources naturelles requises pour parvenir à une telle performance pourtant modeste. Bref, le spectre du dérèglement climatique rôde aux côtés de ceux de la déforestation, de l’épuisement des ressources naturelles et de la pollution généralisée.

Notre vieille planète a certes connu des bouleversements bien plus considérables avant l’apparition de l’Homme. Lorsque l’on s’alarme au sujet de l’avenir de la Terre, c’est davantage par intérêt égoïste que par excès de sollicitude pour cet astre singulier qui s’est formé il y a 4,5 milliards d’années…

Parmi les millions d’espèces vivantes, l’homme a eu l’impact le plus important sur son environnement, dans des proportions devenues considérables depuis le milieu du XIXe siècle. Ce n’est pourtant qu’un siècle plus tard qu’a commencé à se développer une véritable pensée écologique.

La tragédie des biens communs est un scénario classique de la théorie des jeux. Ce schéma suboptimal s’applique parfaitement à la situation actuelle, où il est rationnel pour des individus ou des entreprises de surexploiter des ressources rares, quitte à aboutir à un résultat où, à terme, tout le monde est perdant.

Face à ce processus d’anthropisation, diverses attitudes sont possibles, entre le cynisme (« après moi, le déluge »), le fatalisme (« quoiqu’on fasse, on est tous fichus ! »), l’optimisme béat (« la science saura nous sortir de ce mauvais pas et nous fournir, si nécessaire, une planète d’appoint ») et l’activisme (« si on prend le problème à bras le corps, on en viendra nécessairement à bout »).

Lorsque l’on procède à une analyse historique ou que l’on se livre à un exercice de prospective, les révolutions technologiques constituent souvent le « joker » qui permet à une entreprise ou à une région de se forger un avantage significatif. Dans le cas présent, l’enjeu n’est pas tant de savoir quel pays va tirer son épingle du jeu mais de voir s’il est possible de mettre au point des dispositifs techniques et économiques respectueux de l’environnement et permettant d’adopter un mode de vie qui ne transforme pas inéluctablement la Terre en enfer pour l’espère humaine.

Des signes encourageants permettent de contrebalancer la surexploitation actuelle des ressources naturelles et l’épuisement annoncé des énergies fossiles. Des progrès réguliers sont ainsi réalisés d’une part sur le plan de l’efficacité énergétique et, d’autre part, en matière de production d’énergies renouvelables, notamment dans les filières photovoltaïques et hydrauliques.

Le progrès technologique peut revêtir des formes moins spectaculaires mais parfois tout aussi efficaces grâce au développement de l’économie collaborative, qui permet d’optimiser le taux d’utilisation d’actifs coûteux (bureaux, logements, véhicules…) ou celui de nombreux biens de consommation courante. Beaucoup d’entrepreneurs se sont engouffrés dans cette brèche en créant des plateformes d’échange dont le succès dépend essentiellement de l’efficacité de leur fonction de tiers de confiance et de l’atteinte d’une masse critique d’offreurs et de demandeurs.

Le développement d’une économie collaborative permet ainsi de contrecarrer l’inflexible logique de la tragédie des biens communs. Les jeunes générations sont de plus en plus sensibilisées aux enjeux environnementaux et sont nettement moins sujettes à la frénésie de consommation qui a longtemps caractérisé la plupart de leurs aînés. Du coup, même les multinationales découvrent les vertus du « social business », tantôt par authentique responsabilité sociale et environnementale, tantôt par pur pragmatisme économique incitant à « suivre le mouvement ».

Dans Citadelle, œuvre posthume d’Antoine de Saint-Exupéry, l’écrivain, aviateur et poète emploie une élégante métaphore pour illustrer la force de l’action collective : « La pierre n’a point d’espoir d’être autre chose que pierre. Mais de collaborer, elle s’assemble et devient temple ».

Les évolutions technologiques et sociétales actuelles corroborent la vision de Saint-Exupéry et fournissent d’authentiques motifs d’espoir quant à la possibilité qu’auront les générations futures de vivre sur une planète dont on n’a pas encore trouvé d’équivalent au sein des centaines de milliards de galaxies qui nous environnent.

Étienne Krieger

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