L’empathie dans les mondes numériques

Lorsque le 12 janvier 2010, la terre tremble à Haïti, l’annonce est faite presque immédiatement sur Twitter. Des messages, des photos et des vidéos rendent compte de la catastrophe. Des appels à l’aide sont transmis sur le réseau social qui sert alors de lieu de collecte ou de relais vers des associations caritatives. Un formidable mouvement de sympathie se crée et est maintenu au fil des RT. Il ne s’agit pas d’une histoire isolée. Le même mouvement s’est crée au moment de ce que l’on a appelé le Printemps arabe ou lors du raz-de-marée de Fukushima.

L’Internet permet de partager des informations à une rapidité sans égale. Mais avec l’information, les internautes partagent également des émotions et des pensées. Ce partage peut se faire sur le mode de la contagion ou sur un mode plus distancié. Cette extension de la sollicitude à des personnes qui sont largement au-delà de nos horizons sociaux a pu être saluée comme un progrès de la civilisation. L’empathie, autrefois réservée à ceux avec qui on partageait le même sang peut maintenant s’étendre facilement à l’humanité toute entière.

Ce point de vue optimiste doit prendre en compte que nos capacités d’empathie ne sont pas illimitées. La perception de l’émotion de l’autre n’est pas toujours bien accueillie. Elle peut provoquer des réactions de retrait par crainte d’être soi-même débordé par l’émotion. Ce n’est pas alors l’empathie qui apparait mais la dissociation : l’état émotionnel de l’autre est bien perçu, mais sans aucune participation personnelle. C’est d’ailleurs le paradoxe de l’empathie qui peut alors être utilisée dans des procédés de maîtrise et de manipulation perverse comme le montre bien la séquence d’introduction d’Inglourious Basterds.

Nous retrouvons cette alternative avec le réseau. Nous pouvons nous en servir pour nous rapprocher d’autres personnes, parfois de parfaits inconnus, et nouer avec elle des relations empathiques, profondes et durables. Nous pouvons aussi l’utiliser pour ne pas être en lien avec les autres. L’internet est alors comme un petit théâtre dans lequel il se passe toujours quelque chose sans que cela ne nous affecte vraiment. Il peut enfin être utilisé à des fins de maîtrise et de manipulation de l’autre comme nous le montre à la fois les histoires de harcèlement en ligne et les dispositifs de surveillance électroniques.

Ainsi, ce qui importe, c’est moins la capacité que nous donne le réseau d’être en lien avec d’autres personnes, que le lien personnel que chacun noue avec l’Internet. En d’autres termes, l’important est la relation qu’une personne va nouer avec le réseau. C’est en fonction de cette relation qu’elle utilisera le réseau à des fins empathiques ou manipulatrices.

 Yann Leroux

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  1. MEMOIRE 2 | Pearltrees

    […] L’empathie dans les mondes numériques J'aborde dans celui-ci la vision qu'eut Apple Si je parle (trop) longuement d'Apple dans cet article c'est par nostalgie. Celle d'un « macqueu », vétéran de cette révolution que furent les années <b>Macintosh </b>. La direction prie le lecteur de bien vouloir l'excuser pour cette licence. ↓ en 1987 de l'ordinateur du futur illustrée par ce « Navigateur du Savoir ». Dans les articles qui suivront, je parlerai de l' <b>Histoire de l'Écrit </b>, de celle de l'Internet et du Web, et enfin, de la <b>façon dont les textes doivent être édités pour le Web </b> pour <b>mieux être compris par les lecteurs et indexés par les moteurs de recherche </b>. L'idée qu'eut Steve Jobs d'embaucher John Sculley en 1983 fut très mal reçue par le conseil d'administration d' Apple et ses proches collaborateurs. […]

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