L’empathie interconnectée : une approche psycho-immunitaire

Il y a quelques années, je publiais dans l’indifférence la plus généralisée un Manifeste de l’Art Humanitaire. Dans ce manifeste, j’accusais l’art de s’être rendu complice des visions surnaturelles du monde, d’une millénaire fatalité portée par les religions monothéistes. Je donnais pour tâche à la création contemporaine d’œuvrer à reconstruire les défenses psycho-immunitaires d’une humanité appauvrie par des siècles de croyances superstitieuses. Si beaucoup d’artistes ont pleinement conscience du rôle qu’ils ont à jouer, les récentes révolutions arabes et l’usage décisif des réseaux communautaires qui ont contribué aux succès des métamorphoses de ces sociétés, démontrent jusqu’à quel point nous vivons aujourd’hui dans une civilisation interconnectée à l’échelle mondiale, qu’une nouvelle conscience biosphérique et empathique peut bientôt devenir la norme de notre humanité augmentée.

Reconfigurer la conscience humaine consiste à rescénographier les extensions de notre corps par les récentes transmutations induites par les technologies numériques et ainsi étendre la conscience empathique à des sphères de réalité de plus en plus étendues. Ces sauts qualitatifs dans la conscience biosphérique — qui s’apparentent aux révolutions apportées par les artistes et géographes de la Renaissance qui créèrent les premiers globes terrestres — permettent aux artistes d’extérioriser les analogies révélatrices entre le langage, les formes auto-plastiques et les structures d’adaptation au monde médiatique et/ou politique. Ces recherches interrogent les notions nouvelles de psycho-immunologie, c’est-à-dire les manières dont on absorbe le monde et dont on s’en protège, et portent principalement sur l’appropriation de l’espace physique et informationnel afin d’éteindre leur nuisance et nous en renforcer. C’est même cette  approche psycho-immunologique qui autorise le développement de la conscience empathique interconnectée, car c’est doté d’une inattaquabilité intérieure que l’on peut trouver le courage pour créer un lointain duquel aucun prochain ne sera exclu.

Christian Globensky

Légendes
Immunosphère, 2010, projection vidéo en boucle, installation interactive, écran de 3 mètres de base, présentée à l’exposition : Le pire n’est jamais certain, Metz (co-réalisé avec Tom Mays ; production Césarès).
L’Image tue, 2011, paquet de cigarettes modifiés, 25 exemplaires, Un X Deux, Galerie Jeune Création, Paris

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