L’entraide vaincra

Pour la Revue du Cube, Francis Demoz part à la rencontre d’hommes et de femmes impliqués dans des initiatives concrètes, souvent collaboratives, et faisant écho à chaque thème abordé dans la Revue.

L’ENTRAIDE VAINCRA

Autoproduction, collaboration et libre circulation des connaissances : le collectif ENTROPIE propose des objets en design libre. Peut-être les prémices d’un nouveau modèle sociétal.

Comment agir concrètement pour libérer la créativité et dessiner cette société collaborative dont on parle tant ? Comme l’explique Nils Aziomanoff dans son édito, il nous faudra édifier « des lieux collectifs du «agir», pour expérimenter et partager, libérer collectivement la confiance et co écrire le monde qui vient ». Ces lieux existent et il s’en crée chaque jour partout sur le territoire. Je suis parti à la rencontre de l’un d’eux, à Grenoble.

Situé rue Georges Jacquet dans une pépinière d’associations, l’association Entropie propose du design libre en animant des ateliers d’autoproduction d’objets accompagnés de notices de fabrication en libre accès pour que d’autres personnes puissent se les approprier. Concrètement, dans les ateliers collectifs de la rue Jacquet, l’association invite ceux qui le souhaitent à venir fabriquer des objets du quotidien. On y construit des tables, des chaises, des lits, des fours solaires ou encore des mini-éoliennes. «Chacun vient ici avec son projet, on discute des contraintes et on construit l’objet ensemble », explique Lucas Courgeon, responsable de la communication. « Nous faisons le pari de créer d’autres modes de production basé sur l’entraide, la collaboration et la circulation des connaissances ». L’association prône la reproduction de ces objets, grâce à des notices très détaillées, (choix techniques, matériaux utilisés, temps de conception) diffusées via le net, en open source. Chacun peut ainsi concevoir l’objet qu’il souhaite et même faire des suggestions pour y apporter des améliorations.

Entropie milite pour un nouveau modèle de société.

C’est tout le combat de Christophe André, 35 ans, ingénieur de formation et fondateur de l’association Entropie en 2008. Il se définit lui même comme « un designer militant ». Jeune étudiant, il entame très vite une réflexion sur la question de l’autoproduction et sur le nouveau mode de production des objets. Sa première réalisation, quand il arrive à l’école d’art de Grenoble, pousse à son paroxysme le concept d’obsolescence programmée.

Il conçoit un objet dont sa durée de vie est inférieure à son temps d’utilisation. Il s’agit de flutes à champagne qui se vident de leur contenu au bout de quelques instants. Les flutes en plastique sont percées d’un trou, rebouché ensuite avec de la colle alimentaire qui se dissout dans le liquide au bout de quelques minutes. Résultat : le verre se met à fuir.

Entropie souhaite inciter l’utilisateur à s’impliquer dans le processus de conception et de réalisation. « En procédant ainsi, c’est comme si j’abolissais la frontière entre le consommateur et le producteur. Le citoyen devient alors un « prosommateur », c’est-à-dire un individu qui prend part à ce qu’il va consommer. Cette attitude de prosommateur nous sort de notre attitude passive de consommateur, elle nous pousse à nous réapproprier les savoirs, les techniques pour devenir des acteurs responsables de l’univers que nous façonnons, bref prendre part à la fabrication de ce que nous allons consommer », explique Christophe André.

Dans cette société collaborative les échanges de produits laisseraient place à l’échange du savoir-faire et à la libre circulation des connaissances. Pour y parvenir, quelques changements de paradigmes sont tout fois nécessaires. Pour Christophe André, la mise en commun du code source est un facteur essentiel. « Il donnerait accès aux choix de conception, aux plans et aux méthodes de production et serait diffusée dans l’économie des connaissances. Il constitue un modèle qui peut être adapté par tous car il ne met pas an compétition les gens mais les incite à coopérer ». Le collectif y voit même un nouveau modèle économique sous-jacent dans lequel « le designer financerait son travail  en amont et toucherait une rémunération par la transmission de savoir-faire lors de formations plus que par la vente d’objets »

Entropie réédite via une plate forme de crowdfunding le catalogue « 20 objets à réaliser en design libre ». Il réunit l’ensemble des notices pédagogiques d’auto construction. www.asso-entropie.fr

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