La 5ème Internationale

Nous vivons une époque révolutionnaire.
Un changement de civilisation, comme l’Homme n’en a connu que rarement.
Ce changement de civilisation a un agent  (le Numérique), un contexte (la Mondialisation) et un moteur (le Marché).

D’un côté, nous vivons une situation d’ivresse, où tout nous semble possible, et ce d’autant plus que d’immenses opportunités économiques et financières apparaissent et font la fortune de ceux qui savent s’en saisir. L’illusion de la toute puissance nous guette, si elle ne nous a pas saisi définitivement. Rien ne nous est désormais interdit, et il suffit que l’Esprit Numérique envahisse les machines, les rende puissantes, vertueuses  et aimantes, et elles apporteront mécaniquement le bonheur aux hommes.

De l’autre, nous craignons pour notre suprématie, celle qu’une évolution théologisée aurait imposée à cette planète. Car voilà que nous sommes au moment où apparaît notre capacité à créer notre égal, et pourquoi pas notre maître. Ne risque-t-on pas de créer un monde technologique où toute humanité pourrait disparaître, ou tout simplement être inutile ?

On nous annonce que les machines vont se saisir de très nombreuses tâches jusqu’ici assurées par les hommes. On le sait depuis longtemps pour tout ce qui relève de la répétition, et donc de la production. Mais c’est désormais vrai aussi pour tout ce qui touche à l’aide à la conception, à la résolution de problèmes, ou à la régulation.

Pour les optimistes, les machines nous libéreraient ainsi de tâches subalternes, pour nous permettre de nous consacrer à des tâches plus nobles où la créativité aurait la part belle. Pour les pessimistes, les machines nous déposséderaient de toute initiative, y compris créative, pour nous transformer en troupeaux dociles et indolents, à l’instar des « Eloïs » imaginés par H.G Wells dans « la Machine à explorer le temps ». Elles seraient alors nos « Morlocks ».

Ce serait, dans les deux cas, penser de travers, et passer à côté des véritables enjeux que révèle la révolution numérique. Nous sommes en effet dans un moment paradoxal où l’homme n’a jamais créé autant de complexité, tout en ayant sous la main l’outil qui la génère et peut la réduire à la fois. Non seulement il crée de la complexité, mais il la mondialise. Elle dépasse définitivement les limités des nations, les frontières des Etats, désormais incapables de la résoudre par eux-mêmes.

Cette complexité, induite par des (r)évolutions technologiques continues, nous oblige à changer radicalement de modèle. Là où la maitrise technologique était hier la condition du pilotage de la société, parce qu’elle la structurait, la stabilisait et la rendait prédictible, c’est aujourd’hui la capacité à créer qui sera la condition de notre capacité à piloter une société plus que jamais mobile et changeante.

Nous ne pouvons plus parier sur le fait de caractériser des états du monde, de le quantifier, pour le stabiliser, et de laisser à des acteurs « en charge » (professionnels et entreprises, fonctionnaires et administrations, élus et institutions) le soin de le piloter parce qu’ils l’auraient compris. Il nous faut au contraire surfer sur une vague de changements continue et incessante,  en inventant à chaque instant, en tous lieux, à tous niveaux et de manière généralisée les réponses adaptées aux situations que chacun d’entre nous vivons.

Il est fini le temps de l’ingénierie où il allait « résoudre » des problèmes d’un monde stable. Voici venu le temps de la créativité généralisée, seule à même de répondre aux enjeux d’un monde en perpétuel changement.

Il est temps de créer la 5ème Internationale ! Créatifs de tous les pays, unissez vous !

Dominique Sciamma

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