L’âge d’or de l’art numérique

Le terme d’art numérique est plus que jamais présent dans notre quotidien. Il s’impose dans les festivals, dans les centres d’art, dans les galeries, dans la presse, dans les médias, et s’installe dans tous les esprits. Quelque chose est à l’œuvre dans l’art numérique qui n’a lieu nulle part ailleurs. Nous assistons à la naissance d’un art. Comme pour le cinéma il y a un siècle, un nouveau médium, une nouvelle forme d’expression artistique voit le jour.

© Hugo Verlinde

Comment une œuvre numérique se distingue-t-elle d’une œuvre traditionnelle ? Sur quoi repose la vitalité de ce champ artistique ? Qu’est-ce qui en fait le cœur ?

Rien de plus et rien de moins qu’une réalité invisible : un programme.

Une œuvre numérique est entièrement pilotée par quelque chose d’invisible et de pourtant bien réel. A l’arrière plan de chaque œuvre, un programme informatique est en cours. Grâce à ce programme, l’œuvre possède un comportement qui lui est propre, un comportement qui nous surprend car il demeure en grande partie imprévisible. Quand les variations du comportement sont internes, on parle d’une œuvre générative. Quand le comportement de l’œuvre varie avec ce qui est présent dans son environnement immédiat, on parle d’une œuvre interactive. Dans les deux cas, l’œuvre est une altérité constituée, une réalité autonome, sensible et agissante. Comment la qualifier encore si ce n’est par le terme d’Etre ou celui d’Entité ?

Ainsi, à l’ère du numérique, les artistes créent des œuvres qui ont toutes les caractéristiques du vivant. Non seulement des œuvres en mouvement comme à l’époque du cinéma mais des œuvres possédant un mouvement et une vie interne.

La créativité d’un artiste numérique s’apparente à celle d’un démiurge. L’artiste est un créateur de monde qui, une fois l’œuvre achevée, découvre sa création en marche. La métaphore n’est pas anodine. En tant qu’artiste, il arrive souvent que l’œuvre nous échappe. Des images émergent, des paysages inconnus se font jour, des réactions entre l’œuvre et le public s’improvisent. Nous en sommes les premiers spectateurs.

La présence d’un programme dans l’œuvre a un impact considérable en amont et en aval de la création.

Cela concerne d’abord la production. Poussés par la nécessité, les précurseurs de l’art numérique – je pense à Nicolas Schöffer dont nous célébrons le centième anniversaire cette année – se devaient de maîtriser un tant soit peu les bases de la programmation. Avec l’apparition des structures qui contribuent à l’essor de cet art, une nouvelle association a vu le jour : celle des artistes et des développeurs. Aujourd’hui, les œuvres numériques se méditent, s’expérimentent et se concrétisent dans un partenariat étroit avec les développeurs, les maitres artisans de ces technologies.

Cela concerne ensuite la diffusion. Les œuvres numériques sont vivantes et  investissent naturellement les lieux de vie. L’accrochage dans l’espace public se fait d’une manière qui lui est propre : les artistes identifient des situations spécifiques aux espaces choisis pour penser la relation entre l’œuvre et son environnement. L’adaptabilité et la plasticité des œuvres numériques nous offrent cette latitude. D’un écran de la taille d’un téléphone portable à la surface entière d’un immeuble, tout est envisageable. Les enjeux esthétiques se confrontent ainsi directement à des enjeux d’urbanisme et de société. « Cette œuvre oui, mais pour quel lieu ? », se demande l’artiste. Quand le politique ou l’urbaniste dira : « Ce lieu oui, mais pour quelle œuvre ? », que de rencontres à écrire entre ces différents acteurs.

Le cœur de l’œuvre numérique, c’est l’invisible. Le cœur de l’expérience pour le public, c’est la relation avec cet invisible. L’aventure esthétique à laquelle nous invite le numérique ne fait que commencer, mais déjà, artistes, producteurs et diffuseurs se rassemblent pour saluer la naissance du travail nouveau. Nous vivons une époque militante, une époque de grands enthousiasmes, l’aube d’un âge d’or pour la création artistique !

Hugo Verlinde

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