De l’électricité pour tous !

Pour la Revue du Cube, Francis Demoz part à la rencontre d’hommes et de femmes impliqués dans des initiatives concrètes, souvent collaboratives, et faisant écho à chaque thème abordé dans la Revue.

De l’électricité pour tous !

Favoriser l’accès à l’électricité des populations défavorisées, telle est la mission de l’association Electriciens sans frontières. Cette ONG française fait de l’accès à une énergie propre et abordable, un levier de développement humain et économique pour les populations les plus pauvres du monde. Ses projets reposent invariablement sur le même triptyque : utiliser les ressources énergétiques locales, (le soleil), former un habitant du village pour assurer la maintenance de l’installation et développer une activité créatrice de revenus pour solvabiliser l’ensemble. Il y a dans ce cercle vertueux, tous les ingrédients d’une « révolution positive », c’est précisément ce qui m’a donné envie de partir à la rencontre d’Hervé Gouyet, président d’Electriciens sans frontières.

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Il y a encore un an, les écoles et les centres de santé de 13 villages isolés des communes de Savalou et de Natitingou, au Bénin, n’avaient pas accès à l’électricité. Dans ce pays de 10 millions d’habitants, où l’espérance de vie est de 59 ans, seule 29% de la population est connecté au réseau.
Un an plus tard, les bénévoles de l’association Electriciens sans Frontières finalisent leur projet. Désormais, les écoles et les dispensaires des 13 villages ont accès à la lumière. Ils n’ont pas été raccordé au réseau électrique, mieux, ils disposent d’une installation solaire autonome ! Des panneaux photovoltaïques ont été installés sur les toits, tandis que les batteries et l’onduleur ont pris place dans un local technique. Dans chaque école, une classe a été équipée de prises de courant et d’éclairages. Dans les centres de santé, les accouchements peuvent désormais se faire à toutes heures ; Dans les salles de vaccinations, les réfrigérateurs conservent les vaccins au frais. Sur les places centrales de chacun des villages, des lampadaires solaires ont également été installés pour assurer l’éclairage public et contribuer à renforcer le lien social.

Le travail de l’association ne s’arrête pas là et c’est ce qui fait toute son originalité. Afin d’assurer la maintenance des installations solaires, Electriciens sans frontières a formé, dans chaque village, un opérateur technique. Il est en charge de changer les batteries et de faire vivre le projet. En contrepartie, et afin qu’il puisse gagner sa vie, l’ONG a développé un «mini modèle économique» en lui proposant de gérer un service de recharge de téléphones portables pour les habitants des villages.

Ce projet de Savalou et Natitingou au Bénin, n’est qu’un exemple parmi les 145 autres actions en cours, menées dans plus de 35 pays. La majorité des projets se déroule en Afrique, notamment dans les pays de la bande sud saharienne, au Sénégal, au Mali, au Niger et plus récemment au Togo, au Cameroun ou encore à Madagascar où l’accès à l’électricité permet aux populations de pomper l’eau qui leur est nécessaire. L’association, crée par des électriciens en 1986, rassemble aujourd’hui quelques 1000 bénévoles.

«Raconter l’urgence de l’accès à l’électricité en plein luxe énergétique n’est pas toujours évident, pourtant à l’heure ou nous parlons près de 1.5 milliard de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à l’électricité » explique d’emblée Hervé Gouyet, président de Electriciens sans frontières. «On croit encore, à tord, que l’accès à l’électricité se fait de manière verticale à l’image de notre modèle énergétique par la création de lignes à très haute tension, d’immenses centrales ou par la mobilisation de plusieurs milliards pour construire de grands barrages. Mais ces solutions ne sont pas adaptées aux populations les plus démunies. Pour ces centaines de millions de personnes, nous devons réfléchir à faire émerger des stratégies d’accès à l’électricité fiables, durables, peu coûteuses et surtout adaptées à leurs besoins et à leurs ressources».

L’association, qui intervient à la demande de collectivités locales ou d’associations, se concentre donc sur des micro-projets, et sur la ressource énergétique locale, le soleil. « Cela n’a pas toujours été ainsi, il y a vingt ans quand nous menions nos premiers projets, les technologies solaires n’étaient pas encore matures, nous devions exporter nos propres solutions, en électrifiant les écoles avec des groupes électrogènes»,

Si la durée moyenne des actions est de 18 à 24 mois seulement, l’ONG met tout en œuvre pour que l’accès à l’électricité s’installe de façon durable après son intervention. Pour se faire, elle forme un opérateur technique local, qui assure la maintenance du projet. Pour qu’il se rémunère, elle crée ce qu’elle appelle, une activité génératrice de revenus. Cette activité consiste,  par exemple, à tirer des revenus d’un réfrigérateur installé dans un local, en louant des litres de froid ou en revendant de la glace. Pour Hervé Gouyet, «ces activités génératrices dépendent de l’imagination de chacun et des besoins locaux ».

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Ainsi, à Madagascar, dans la région du Vakinankaratra, l’ONG développe son nouveau projet baptisé Cafés Lumière. Il s’agit d’espaces alimentés par l’énergie solaire et dédiés à une activité marchande, (bureautique, imprimantes, artisanat). « Une activité de recharge de téléphones portables peut nous paraitre ici bien anodine, alors qu’elle répond sur place à un véritable besoin de la population. Cette activité va générer des ressources, qui permettront d’ajouter plus tard de nouveaux panneaux photovoltaïques pour alimenter d’autres machines. Peut-être même que cette installation pilote sera dupliquée ailleurs dans la région, c’est ainsi que l’on enclenche un cercle vertueux d’électrification » conclut Hervé Gouyet.

Le site de l’association Electriciens sans frontières : http://www.electriciens-sans-frontieres.org/fr/

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