L’émergence de la Ville collaborative

Plutôt que de parler de ville « intelligente », qui est une vision trop techniciste de la communauté d’hommes et de femmes qui vivent sur un même territoire, je préfère la notion de ville collaborative, celle d’une collectivité qui implique l’ensemble de ses acteurs publics et privés dans la recherche de solutions urbaines plus efficaces dans la gestion, l’affichage, le développement durable, ou les services à l’habitant. C’est une notion qui s’oppose à celle d’une ville intelligente gouvernée par les algorithmes et se contentant d’agréger et de traiter des informations captées et enregistrées en temps réel.

Car, au-delà des technologies de gestion de l’espace et des services (parkings, eau, transport, etc.), la ville collaborative favorisera les interactions entre la commune, ses infrastructures et des citadins émetteurs de flux d’informations permanents grâce aux technologies mobiles. Nouvelle vague de la révolution numérique qui transforme nos villes, l’économie collaborative va remettre en cause la manière même dont les villes sont aujourd’hui organisées.

Avant même d’imaginer la nouvelle société promise par Jeremy Rifkin, convaincu que nous nous dirigeons vers une société où l’intérêt égoïste et la propriété privée auront, sinon disparu, du moins décliné, où le partage aura remplacé la propriété privée, on voit bien qu’une nouvelle forme d’économie plus horizontale apparait entre des consommateurs plus économes en biens et en ressources naturelles pour un service au moins équivalent.

Discours idéaliste et pseudo-désintéressé ou transition du capitalisme au collaboratif ? En tout cas, le numérique peut nous permettre de bâtir une société édifiée sur la dynamique des communautés collaboratives et de l’inter créativité. Cela implique, comme toujours, une évolution des mentalités, y compris de la part des décideurs qui comprennent intuitivement que ce n’est plus la collectivité qui fait la Ville, mais qu’ils doivent mettre en place les conditions pour faire faire la Ville avec la contribution d’acteurs multiples, des citoyens aux acteurs économiques. Ce sont ces nouvelles formes de coopération qui se dessinent qui vont transformer la Ville.

La crise économique constitue, comme souvent, une opportunité à saisir. Car les acteurs publics, de l’Etat à la commune en passant par toutes les strates du célèbre millefeuille administratif français, vont faire face à une brutale dégradation de leurs capacités de financement. De moins en moins d’argent public qui contraint à de plus en plus d’imagination, d’ouverture d’esprit, de recherche de mutualisation.

Comme dans l’entreprise, la Ville doit favoriser l’essor de « l’empowerment », qui consiste à accorder plus de place au citoyen afin de libérer sa créativité, et de « l’intrapreneurship » qui offre au fonctionnaire la possibilité de gérer ses projets de manière plus autonome. Il faut faire du citoyen un acteur du changement, que lui et ses idées soient valorisés et qu’on encourage sa créativité. La méthode du « Living Lab », qui associe les utilisateurs au développement d’un nouveau service dès sa phase de conception, pour mieux tenir compte de ses véritables besoins, contribuera à cette transformation.

Nous ne sommes qu’aux débuts de la transformation urbaine que nous promettent les technologies numériques et le chemin est encore long avant que la Ville collaborative s’impose. Mais Albert Einstein disait déjà, il y a près d’un siècle : « Si une idée ne paraît pas d’abord absurde, alors il n’y a aucun espoir qu’elle devienne quelque chose ».

                                                        Eric Legale, Directeur d’Issy Média et de SO Digital1

 

  1. So Digital (Seine Ouest Digital) est l’agence numérique de la communauté d’agglomération Grand Paris Seine Ouest – www.seineouestdigital.fr []

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