L’empathie : trop polie pour être honnête ?

Ma définition : Façon de ressentir en tant que spectateur, joueur, auditeur, les sensations, sentiments, exprimés par un personnage dans l’œuvre ou par l’œuvre elle même, si tant est qu’elle puisse en avoir ou nous le faire croire.

Derrière le discours de l’émotion, de la séduction, de l’identification du spectateur au personnage, se cache la machinerie ; simulacre du vivant et son juteux commerce. A quoi peut bien servir un art technologique pseudo vivant…?
A quoi ça sert, si la fonctionnalité est absente de l’art ?
La fonction a t’elle besoin d’une représentation tangible pour s’exprimer ?
D’où vient l’apparente simplicité d’une œuvre ?
L’utilisation de métaphores du monde connu, l’initiation accompagnée, le service adapté et adaptable, la prompte assistance… sont autant de manière de rapprocher l’objet de son utilisateur…sont elles des formes de l’empathie ?
Pour le créateur, comme dans les œuvres comportementales, l’empathie n’est pas seulement celle du spectateur vis à vis de l’œuvre, mais également de celle de l’œuvre vis à vis du spectateur. C’est l’effet Miroir de la psychologie. Du point de vue du créateur, c’est l’élaboration de ce « retour » vers le spectateur.  Cette élaboration articule notamment des signes et des fonctions, comme dans le travail de l’acteur, dont le regard levé vers le deuxième projecteur en partant de la gauche, Dieu au théâtre selon Daniel Mesguish, crée de l’empathie chez le spectateur, qui en retour se reconnaît dans cette situation. Mais coté créateur ou acteur, ce signe là construit aussi de l’empathie.

Les objets sonores et musicaux n’échappent pas à la fonction et à l’empathie. Une bonne sonnerie de téléphone, comme une bonne orchestration, ne sont ni la musique préférée du compositeur, ni le plus beau son d’orchestre, mais la forme ou les nuances les mieux adaptées au service ou à la situation d’écoute (la fonction). Empathie de l’objet avec le service ?

On questionne souvent de la fonction de l’art, étrangement réputé pour ne servir à rien, mais moins la fonction dans l’art.
L’art est rempli d’éléments fonctionnels au point de se demander si la fonctionnalité n’est pas la matérialité même de l’art, tout du moins sa part opératoire souvent apparentée à la cuisine de l’artiste.
Les fonctions dans l’art, sont l’outillage que l’artiste utilise pour structurer les œuvres, qui donnent sa personnalité et par extension son empathie à l’œuvre. Elles contruisent également les ressorts de l’empathie du point de vue de l’œuvre comportementale. Des lors que l’œuvre se comporte comme une entité, les relations entre le spectateur et l’artiste mutent vers la relation spectateur<->œuvre.

Pour fonctionner, c’est à dire créer de l’empathie, l’art articule des fonctions pour le spectateur et des fonctions pour l’œuvre. Ce qui était vrai pour le design tel que les artistes du Bauhaus l’ont exprimé, serait donc également vrai pour l’art. L’objet d’art s’inscrit dans son usage par son genre: divertissement ou construction formelle, objet esthétique, disque ou concert, icône, symbole, métaphore conceptuelle, musique écoutée sur un baladeur…
Mais au delà des fonctions qui articulent la matière physique de l’œuvre (couleur, orchestration, rythme…), il y aurait aussi des fonctionnalités immatérielle d’une œuvre, notamment la façon dont elle se présente à nos sens et à notre expérience intérieure. Une œuvre qui questionne, émeut, rappelle un moment du passé, provoque un rejet a priori…une œuvre ou un objet qui provoque de l’empathie.
Alors parler de fonctions, est-ce instrumentaliser l’art ou instrumenter la musique ?

Roland Cahen 2011-08-23

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