Les avatars en réseau, ou l’émergence d’une empathie cyborg

D’emblée, les ordinateurs ont aussi été conçus pour mettre en œuvre  technologiquement une intentionnalité accomplissant par ajustements des tâches et objectifs complexes. Et en effet, au fil de nos pratiques interactives, nous percevons que le dispositif informatique déploie parfois des orientations, tendances ou objectifs particuliers. Les jeux vidéo l’illustrent au mieux : ennemis à nos trousses, croissances erratiques de territoires à gérer, alliés se mettant à notre service… En outre, des automatismes conditionnels nous aident ou nous encadrent, alors que des gains ou malus affectent les avatars, ces incarnations numériques qui nous servent de véhicule existentiel pour advenir dans des réalités simulées en réseau. Par projection et identification, l’empathie se développe alors simultanément à l’endroit de notre avatar et à l’endroit des personnages ou entités rencontrées. Ces derniers peuvent être pilotés par le logiciel – les joueurs les appellent « robots » – ou être dirigés par un autre humain. Dans le premier cas, l’empathie cerne les caractéristiques mentales du protagoniste au profit de l’immersion fictionnelle, remontant parfois jusqu’à l’esprit des concepteurs du jeu vidéo. Dans le second cas, l’enjeu devient psychologique et opérationnel. A travers les communications entre avatars, il faut comprendre l’état d’esprit comme les motivations des personnes rencontrées et soumises aux mêmes conditions de participation que soi. A ce niveau précis, une nouvelle forme d’empathie semble nécessaire pour englober les intentionnalités programmées (comportements automatiques de l’avatar, gestes involontaires, rechargement de pouvoirs, pertes d’énergies, etc.) et les états psychiques de la personne humaine. Cette faculté nouvelle, capable de saisir ensemble la part logicielle et biologique pour rendre intelligible la fusion homme-machine dont l’avatar résulte de facto, pourrait être la première émergence d’une empathie hybride et, pour le coup, indubitablement cyborg.

Étienne Armand Amato

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