L’intelligence d’une ville reposera de plus en plus sur ses habitants

Colloques, tables rondes et livres blancs se multiplient autour du concept de la « smart city », trop facilement traduite en « ville intelligente ». Ainsi, par la magie des réseaux, la Ville deviendrait une matrice qui régulerait enfin ses principales fonctions et gérerait efficacement sa consommation énergétique, ses transports, sa sécurité ou les relations entre habitants, acteurs économiques et décideurs politiques. Cette ville orwellienne que nous promettent ingénieurs et codeurs n’est pas la mienne.

Depuis l’origine des temps, la Ville est un organisme vivant. Elle évolue, mute et s’adapte au rythme imposé par ses habitants. Elle a permis à l’humanité, comme le rappelle Alain Touraine, à « apprendre à vivre ensemble, égaux et différents ». C’est cette confrontation permanente des opinions, des expérimentations, des décisions qui lui ont permis d’être aujourd’hui, pour la première fois dans l’Histoire de la planète, le lieu où vit la majorité de l’humanité.

Les révolutions techniques ont, tout au long de notre Histoire, façonné la Ville. C’est encore ce qui se produira bientôt avec l’informatique ubiquitaire. Devenue hyper connectée, la Ville rend ses habitants encore plus ingénieux en leur donnant accès à des informations de meilleure qualité, mieux personnalisées et disponibles en temps réel. Ce sont ces nouveaux réseaux informatiques qui vont leur permettre de devenir plus créatifs pour améliorer la gestion urbaine et inventer de nouvelles fonctions. Les « administrés » du vingtième siècle revendiquent aujourd’hui leur besoin d’être des co-créateurs de la Ville, de contribuer à la pensée publique et d’expérimenter les nouveaux services.

C’est d’ailleurs la démarche que soutient la Commission Européenne lorsqu’elle a créé le label de « Living Lab » pour promouvoir cet esprit de co-création. Il suppose d’associer en amont industriels, chercheurs et utilisateurs avant de développer les services et produits du futur. Labellisée depuis 2008, la ville d’Issy-les-Moulineaux est l’une des rares à appréhender cette démarche à l’échelle de tout son territoire. Elle soutient ainsi la multiplication des projets de partenariats entre acteurs publics et privés en matière d’innovation. Une logique de consortium qui est aujourd’hui à l’œuvre pour expérimenter des outils de modernisation du réseau électrique avec IssyGrid, des systèmes d’agrégation d’informations d’hyper proximité avec SmartCity+ ou des moyens de valoriser notre patrimoine historique à travers la réalité augmentée et l’information mobile. La méthode des living labs nous permet, autres exemples, d’introduire la robotique et la « gamification » dans la diffusion de l’information ou encore d’améliorer la gestion du trafic routier.

La Ville entre dans une logique de beta-tests. La modernisation de la gestion urbaine passe par une nouvelle phase de partage d’objectifs, de réflexion sur les besoins et les usages, de co-développement et d’étapes expérimentales. Demain, dans la Ville hyper connectée, quand nos objets seront tous connectés, nous aurons le pouvoir d’influer la manière dont nous gérons, individuellement puis collectivement, notre espace commun. Car, comme l’écrit Amélie Nothomb, « il n’est d’intelligence que créatrice ». Et cela, seul l’être humain en est capable.

Éric Legale

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