Mobility As A Service

Urbanisation croissante, crise climatique, évolution de modes de vie de plus en plus individualisés, attractivité économique et résidentielle, enjeux de gouvernance, complexité du modèle institutionnel local : les défis que les villes doivent relever sont de plus en plus nombreux. La situation devient d’autant plus critique que de nombreuses métropoles mondiales sont devenues plus peuplées que certains États.

Au début du 20ème siècle, moins de 20 % de la population mondiale vivait en Ville. En 2006, le seuil des 50 % était atteint et on estime que les deux tiers seront urbains en 2050. Mais, aujourd’hui déjà, les trois quarts de la population de l’Union Européenne vivent en milieu urbain, davantage encore en France (79%), au Royaume Unis (82%) ou en Belgique (98%). Un phénomène qui s’accompagne de la « Suburbanisation », les banlieues comptant 60% de population en plus, alors que banlieues et centre-villes avaient la même population il y a moins d’un demi-siècle.

Comment, dans ces conditions, lutter contre l’engorgement des transports ?

Nos villes comptent de plus en plus d’habitants, de moins en moins d’argent et des infrastructures vieillissantes qu’elles ne pourront plus supporter. Même si, pour prendre l’exemple de l’agglomération parisienne, le nombre de déplacements en transports en commun augmente (+20% sur les quinze dernières années), celui des embouteillages suit la même courbe (+22% depuis 2010 selon V-Traffic). Et encore, le Parisien doit-il s’estimer heureux de ne perdre « que » 45 heures par an dans les bouchons alors que le Londonien en perd en moyenne 101 heures.

Les pouvoirs publics ont massivement investi dans les infrastructures, avec notamment le retour des tramways en Ville ou le projet de 200 kilomètres de nouvelles lignes de métro automatique du Grand Paris Express qui, à l’horizon 2030, permettra de soulager le réseau existant. Mais cela suffira-t-il à absorber l’augmentation de 500.000 habitants en Ile-de-France attendue par l’INSEE ?

Il faut dépasser les seules infrastructures de transport et responsabiliser chacun pour explorer les outils de la mobilité numérique, qui permettent des approches innovantes guidées par les usages.

L’accès à une information pertinente et actualisée en temps réel peut modifier les comportements. Des études menées aux Pays-Bas et en Autriche ont établi que l’information multimodale peut avoir un impact allant jusqu’à 6 % de report modal de la voiture vers d’autres modes de transport. L’ouverture des données est une condition nécessaire à l’émergence de nouveaux services, et il faut convaincre les acteurs du secteur, publics comme privés, de nouer des partenariats innovants pour faire émerger et agréger ces nouveaux services.

La population est prête à franchir le pas et à prendre des initiatives dans ce sens. Une récente étude de Transdev sur “les voyageurs numériques” démontre que la plupart des personnes interrogées considèrent que les services numériques sont de véritables “assistants” de leur vie quotidienne qui peuvent transformer les comportements. Mais, entre l’existence de silos par type de transport et le millefeuille administratif, la tâche est difficile.

D’où la nécessité de mettre autour de la table tous ceux qui peuvent contribuer, à leur niveau, à changer les choses, comme au sein du consortium So Mobility. Aux côtés des collectivités locales, d’une grande institution comme la Caisse des Dépôts et de grandes entreprises privées (Bouygues Immobilier, Cisco, Colas, Engie, Transdev), c’est un écosystème composé d’entreprises spécialisées, de pôles de compétitivité, d’Instituts de Recherche, de grandes écoles et, bien sûr, de startups qui se sont mobilisés. Chacun a pris conscience des formidables opportunités créées par l’émergence de l’économie collaborative, de l’open data et du big data, de la géolocalisation et de l’hyper personnalisation des services mobiles.

Même si la mise en place d’un projet collaboratif entre acteurs publics et privés reste une démarche innovante, elle ne suffit cependant pas. Si on veut considérer la Mobilité comme un Service, il faut adopter une démarche de « co-construction » avec les salariés des entreprises et les habitants des villes.

A l’heure où la voiture se réinvente, où les modes de déplacements alternatifs se multiplient et où les transports en commun se modernisent, le secteur public doit favoriser plus encore le développement de l’innovation et des modèles économiques pérennes, en coopération avec les acteurs privés. Il s’agit d’une responsabilité fondamentale pour éviter l’engorgement des aires métropolitaines dans lesquelles une majorité d’hommes et de femmes vivent.

Éric Legale

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