Nouveau modèle sociétal : la culture à la traîne

Partout dans le monde, une révolution silencieuse s’est mise en marche pour expérimenter avec peu de moyens de nouveaux modèles sociétaux. L’humanité a pris conscience du danger qui la guette : réchauffement climatique, destruction de la biodiversité, épuisement des matières premières. Il nous faut trouver des solutions pour protéger les générations futures. Nous devons donc avoir un nouveau regard, un regard systémique car le monde est un système et sa complexité s’accommode mal d’un traitement simpliste. Dans un monde globalisé et interactif, on commet des erreurs graves en cherchant uniquement dans le système économique et financier des réponses qui se trouvent dans le système humain, en occultant des valeurs immatérielles telles que la culture, l’entreprenariat, l’altruisme, la responsabilité, l’humanisme, le partage.

Pour passer à ce nouveau monde, il faut des moyens et de véritables réformes culturelles dans l’économie, l’énergie, l’éducation, l’agriculture.

A qui incombe la responsabilité du manque de changement ? Au niveau de l’observation du système-monde, elle incombe aux États, avec leurs cultures hétérogènes, leurs égoïsmes, leur dynamisme pour entreprendre, leur faible ou forte part d’humanisme. Au niveau de l’observation des États, regardons ce qui se passe en France.

L’État français n’a pas su transformer les organisations et son système humain est resté trop longtemps figé pour être capable de s’adapter à ce nouveau monde. Un des drames de la France, c’est qu’on met trop souvent un membre de « l’élite » appartenant à l’ENA ou aux grands corps de l’État, même supérieurement brillant, à n’importe quel poste qu’il n’est pas forcément capable d’assumer ! Un dirigeant très connu a fait quatre métiers en dix ans et probablement aucun de manière satisfaisante. Un sauteur en hauteur bien affiné dans sa discipline ne peut pas lancer le poids, il pourrait le faire, mais mal. On ne peut pas s’improviser dirigeant de toutes sortes d’activités. En outre, le modèle de parachutage a développé des comportements qui freinent le changement et l’innovation. Nous constatons que les systèmes très hiérarchisés produisent des barons et des valets, les systèmes clos produisent des gens fermés et les systèmes protégés des gens frileux. Les positions de monopole, les statuts privilégiés, les corporatismes produisent ces cultures.

L’État doit être au service de la nation mais surtout ne pas se prendre pour la nation. Le cybermonde court-circuite les modèles traditionnels, connecte les cultures et les économies, alors que, pendant ce temps, les hiérarchies formelles de nos institutions, qui sont rarement de réelles hiérarchies de compétences, verrouillent jalousement le système qui leur échappe en fabriquant toujours plus de règlements. Certes, les institutions sont nécessaires quand on les utilise en garde-fous, mais si on les utilise en barrières infranchissables, elles deviennent nuisibles. D’autant plus que, bien souvent, elles décident sans écouter ou, au mieux, elles écoutent sans décider.

Aujourd’hui, nous avons besoin dans la fonction publique de managers à géométrie variable, sans frontière, mobiles, véritables locomotives pour tirer les trains de l’innovation, du changement et de la créativité. Ils devront s’appuyer sur leur capacité à innover, à créer, à donner du sens à l’action, à être des mailleurs, des faiseurs, des communicateurs, et non pas des managers s’appuyant sur leurs titres et leurs diplômes, sans tenir compte de leurs performances. Cette élite dirigeante est complètement démunie devant le changement et les échanges d’idées, tant elle a été plus formée à donner des ordres et rédiger des rapports plutôt que faire émerger et partager du sens. L’innovation exige une vision transversale, large et volontariste pour faire évoluer les mentalités, qui jouent un rôle essentiel. Notre pays, bien que doté de ressources et de compétences, paye aujourd’hui au prix fort son attachement à l’interventionnisme public. Il faut réduire les structures et les interventions des autorités publiques dans les domaines non régaliens et les recentrer sur leurs visions globales pour effectuer une coordination entre privé, public et associatif.

Les réseaux deviennent donc un gisement pour transformer notre société car ils reposent sur des idées fortes, sur une vision commune des valeurs, sur le partage des connaissances et sur des convictions humaines. C’est dans les réseaux que se trouvent les gisements de croissance pour que les idées soient porteuses de sens dans l’action, et pour trouver un équilibre entre biodiversité, techno-diversité et humanité. Faute de sens, le réseau n’existe pas, il n’est qu’un agrégat de personnes, un mouvement brownien, un troupeau, voire une pétaudière. La mise en place de réseaux pour coordonner le changement culturel doit être le ciment de cette transformation.

Devant l’incapacité de l’État à se remettre en cause pour transformer notre société, alors que les moyens numériques permettent le développement de l’économie collaborative et de l’innovation sociale, c’est donc aux citoyens d’agir pour changer les conditions de vie et provoquer une révolution culturelle. Pourquoi ne pas aider cette révolution et créer une sphère culturelle dépendant du plus haut niveau de l’État ? Légère, en réseaux, transverse à toutes les activités, elle devra mobiliser toutes les énergies créatives et réussir le maillage entre public, privé et associatif tout en favorisant le changement culturel. Commençons à faire notre part de travail avant de donner des leçons au monde. C’est une condition indispensable et non pas une option.

Hervé Azoulay

There are 4 comments

  1. L

    Hervé deux petits détails nous sommes dans une démocratie représentative, d’où l’importance de notre droit de vote, et second point, le numérique désociabilise, même s’il donne l’impression d’être un élément unificateur, mais c’est un accélérateur pour l’information; et si l’on sait s’en servir, il permet d’unifier les internautes, mais rien ne vaut la rencontre en chaire et en os. Sinon j’ai apprécié ton texte, c’est avant tout un constat, mais un constat bien établi. Maintenant l’intérêt serait pour moi d’envisager des voies d’améliorations, pour responsabiliser le citoyen, pour lui rendre un rôle plus actif. Le lobbying, dans nos sociétés ne sert malheureusement que principalement le milieu des affaires. Qu’en penses-tu?

  2. Dubois Patrick

    Bravo pour cet article sans langue de bois! Comment changer lorsque cette pseudo élite verrouille toutes les décisions . C’est elle qui doit donner l’exemple et non pas peser de tout son poids sur l’absence du changement

  3. Hugues Wagner

    Hervé deux petits détails nous sommes dans une démocratie représentative, d’où l’importance de notre droit de vote, et second point, le numérique désociabilise, même s’il donne l’impression d’être un élément unificateur, mais c’est un accélérateur pour l’information; et si l’on sait s’en servir, il permet d’unifier les internautes, mais rien ne vaut la rencontre en chaire et en os. Sinon j’ai apprécié ton texte, c’est avant tout un constat, mais un constat bien établi. Maintenant l’intérêt serait pour moi d’envisager des voies d’améliorations, pour responsabiliser le citoyen, pour lui rendre un rôle plus actif. Le lobbying, dans nos sociétés ne sert malheureusement que principalement le milieu des affaires. Qu’en penses-tu?

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