Le numérique à l’école : en finir avec le modèle vertical

L’arrivée du numérique à l’école et en particulier dans les collèges et les lycées fait peur à une grande majorité d’enseignants. Car, au-delà de l’investissement important que demande la mise en place de ces nouvelles pratiques, c’est la fonction même du professeur qui est questionnée. Sa perte supposée de « pouvoir » vis-à-vis du savoir qui serait disponible et accessible n’importe quand, oblige à réfléchir sur son rôle mais aussi à se questionner sur le sens et la finalité de l’utilisation de ces nouvelles pratiques. Mais pour ceux qui passent outre ces craintes justifiées et qui osent expérimenter dans leurs classes, le plus pédagogique est indéniable et se fait vite sentir auprès des élèves.

Mais quelles sont ces nouvelles pratiques numériques au service de la pédagogie ? Quand je demande à un collègue s’il utilise le numérique dans sa classe, évidemment la réponse est toujours « oui ». Il est vrai que rare sont les professeurs qui ne se servent pas du vidéoprojecteur et de l’ordinateur devant les élèves. Tous réalisent des fiches de cours, des exercices, des évaluations à l’aide d’un ordinateur mais en réalité, ces pratiques ne changent pas fondamentalement la façon d’enseigner. Il y a toujours le cours – certes projeté sur écran – puis les questions éventuelles des élèves et enfin les exercices, sur papier ou écran, mais dans un format classique. Les pratiques pédagogiques restent finalement les mêmes avec très souvent une relation frontale enseignant-élève.

C’est en me demandant comment le numérique pouvait vraiment être un outil qui changerait fondamentalement ma façon de faire cours que je me suis mis à expérimenter tout azimut.

Lors d’expériences de « classes inversées » ou en travaillant avec mes élèves à l’aide de sites pédagogiques collaboratifs, la question du sens et de la finalité se pose vraiment. La classe n’est plus un lieu défini, encadré dans le temps entre deux sonneries mais devient aussi « asynchrone ». Les élèves, de chez eux, à partir de leur ordinateur ou de leur smartphone, peuvent prolonger les questionnements, échanger et s’entraider. En tant qu’enseignant, je deviens celui qui guide ces interactions, les encadre, les incite. Une sorte de « pédagogie collaborative » où l’individu, au sein d’un groupe, serait plus performant.
Concrètement, au lieu d’assister passifs à mon cours durant de longues minutes, puis de commencer les exercices et de les terminer – sans aide très souvent – à la maison, les élèves doivent préparer le cours chez eux. Pour cela, ils lisent un texte, analyse des documents et regardent parfois des « capsules » vidéo. Des applications dédiées comme Moodle ou Chamilo me permettent facilement de mettre en place ce « parcours » que l’élève effectue à son rythme. Un questionnaire en ligne me permet ensuite de me rendre compte du degré de compréhension du cours mais surtout de préparer des groupes de besoins.
En classe, ceux qui ont compris sont « les experts » ; je peux leur donner une tache plus complexe, leur permettre d’approfondir. Je leur demande aussi d’expliquer aux autres les aspects non compris. Ceux qui maitrisent peu le cours auront des documents complémentaires mais aussi pourront expliquer à ceux qui n’ont carrément rien fait à la maison. Une pédagogie collaborative « à la carte ».
Apprendre aux élèves à collaborer est véritablement un renversement des valeurs de l’ancienne école, où les classements sont rois et l’esprit de compétition domine. Sur certaines taches, ce n’est plus un individu qui est évalué mais une équipe.

La question du sens prend alors toute sa valeur : l’être humain pourrait être meilleur, plus solidaire, mais surtout deviendrait capable de s’améliorer, de résister aux manipulations de toutes sortes, de développer ensemble son esprit critique.
Certains blocages persistent à juste titre : comment demander à l’institution scolaire, rigide, hiérarchisée et verticale, d’intégrer l’esprit du numérique qui justement implique une structure horizontale et collaborative
Il ne faudrait pas que, en voulant trop cadrer, l’école rate la révolution numérique qui s’annonce … car d’autres se chargeront de prendre le train en marche.

Sylvain Poncet

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