Parenthèses sur les enjeux de la représentation partagée

Le mot « partage » est à cheval entre les notions de division et de mise en commun de biens et de responsabilités. Le partage – qu’il soit choisi, accordé ou subi – implique des hiérarchies, des normes, une négociation. Comment dégager ce que porte ce mot pour nous aujourd’hui, dans un contexte de représentations numériques, en réseau ?

cabraun-01

A gauche, le dessin d’un mandala fait à partir de pierres moulues et teintes. Des moines désignés par leur hiérarchie reprennent des schèmes ancestraux « partagés » depuis toujours. Le motif émerge grâce à leur travail méticuleux, espacé sur des semaines.

Ce travail de création est suivi de chants et de prières qui aboutissent à la destruction programmée du mandala. Le rite donne corps aux structures de pouvoir qui régissent le bas monde, tout en témoignant de la nature éphémère des choses matérielles de la vie.

A droite, une représentation en ligne rend compte de la nomenclature d’une base de données qui classe, quantifie et archive des témoignages sur le bonheur. Chaque témoignage est qualifié par un ou plusieurs « mots clés ».

Quelle légitimité attribuer à ce principe d’organisation, surtout d’un sujet aussi complexe que le bonheur, dont le sens dépend du malheur qui le distingue ? Qui détermine comment trier des « items » qui, a priori, n’ont aucune réelle autonomie ?

La comptabilisation de l’information devrait inclure l’ambivalence, le flou, la possibilité « d’être partagé » entre deux choix, non ? Le pouvoir de déterminer les lois qui régissent « le partage » est-il réellement partagé ?

cabraun-02

Jeunes des « Cosmonautes » de Saint Denis, projet primé par « Métropolisation de Paris par le Numérique », 2011.

cabraun-03

www.dring13.org (2007), nécessite Flash. Réalisé avec le soutien de la Région Ile de France et finaliste trophée e-démocratie en 2011.

 

 

 

 

 

 

 

 

À gauche, une représentation conviviale et partagée parce que librement diffusée et commentée. Elle est accompagnée par un travail en atelier, qui incite des jeunes « mobinautes », munis de leurs téléphones, à poser des questions précises. Des passants croisés à la volée interrompent leur trajet pour répondre aux questions de ce « micro-trottoir numérique ». Les réponses filmées sont téléchargées sans médiation préalable.

À droite, la plateforme en ligne qui centralise et régit ce travail de collecte. Des internautes commentent les témoignages, peut-être pour en débattre. Un consensus est calculé à partir d’une moyenne de votes émis à leur sujet.

Ainsi, circulent et sont partagées des représentations en ricochet.

Cette « collecte » contribue-t-elle à la collectivité ? Comment, dans une proposition aussi ouverte à l’aléatoire, peut-on vraiment renforcer la portée de chaque voix ?  Est-ce qu’un « like » = une voix ? Une interface fédératrice peut-elle se substituer à un récit fédérateur, et être structuré par une pensée politique ?

cabraun-04

Image extraite d’une vidéo sur http://www.cg94.fr/mes-idees-aussi

cabraun-05

Le groupe M.U.S.T., Matirise d’Usage et Délibération Transmedia (participants : Aziosmanoff, Braun, Chretien-Goni, de Chessé, Henin, Largeau, et volontaires, dont Bilisko, Gendrier, Lozet, Monnerie, Neiertz, Seyden, Tertius, entre autres, avec le FRDVA, Région Ile de France).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche, une représentation partagée inclusive : l’hémicycle est ouvert à des personnes en situation de handicap mental. Un site Internet élargit la concertation à l’ensemble des parties prenantes (handicapés, familles, professionnels, associations).

La loi impose un début et une fin à chaque concertation. Le site qui y est dédié peut rester actif indéfiniment.

La représentation en réseau pousse à décloisonner ces deux registres de participation. Cela implique, par contre, la redistribution des responsabilités et disponibilités de chacun, surtout des agents territoriaux qui doivent se pencher sur le fonctionnement des associations qui entourent les handicapés ou, à l’inverse, des éducateurs qui « portent » une concertation débordant de leur champ officiel de compétences. Faut-il amender la loi et redéfinir les rôles de chacun, au nom d’un partage plus équitable de la parole en ligne ?

A droite, un schéma qui sert de support à une réunion de parties prenantes du monde associatif. Nous analysons ensemble la portée de nos activités sur un spectre qui couvre la conception de projets, l’organisation d’ateliers, le développement de plateformes numériques, des débats informels et formels, la restitution, l’évaluation et… la relance.

Il s’agit ici de représentations à ambition « transmédia »… mais sans « plan média » à vocation citoyenne. Aujourd’hui, les représentations sont cloisonnées, improvisées, inarticulées, inachevées.

Peu de projets associatifs sont pensés au-delà de leur propre calendrier de mise en œuvre. Peu de monde alloue ses ressources à la mutualisation. On  se méfie : qu’est-ce qui pourrait donc motiver le « don » d’un dispositif ? La pérennisation du projet de l’un se ferait-elle au dépens du projet de l’autre ?

L’innovation sociale tant attendue reste en friche, trop semée d’embuches pour justifier l’effort requis pour articuler les initiatives. La société civile française est-elle bloquée ? Comment investir « sans partage » ?

Carol-Ann Braun

Commentez cet article