Je partage, tu partages, il partage

La révolution numérique offre des possibilités inédites de créativité et de partage. Si la société passe peu à peu d’un système vertical à un système horizontal fondé sur la coopération, la classe politique, elle, reste figée dans le monde d’avant.

« La convergence des innovations ouvre de nouveaux paradigmes », explique Nils Aziosmannoff dans son édito. C’est vrai. Qu’il s’agisse d’information, de mobilité, d’énergie, la convergence des technologies fait passer la société d’un système hiérarchique vertical, centralisé à un système plus horizontal, fondé sur la coopération et le partage.

Dans le domaine de l’information, cette révolution s’inscrit déjà dans notre quotidien. Le web et les réseaux sociaux ont, de fait, augmenté l’autonomie et le pouvoir de l’utilisateur. Désormais, l’interaction permet à chacun de créer et de partager du contenu. Nous sommes tous devenus producteurs d’information.

Cette même transformation se dessine dans le domaine de l’énergie. Le système centralisé de transport et de distribution d’énergie va laisser place à un modèle décentralisé et bidirectionnel fondé sur le partage de l’énergie et sa production par les bâtiments. Grâce aux réseaux intelligents (smart grids), nous allons pouvoir consommer sur mesure devenant nous-même producteurs d’énergie. La société dans son ensemble, tend vers moins de verticalité. L’industrie elle-même entre dans un modèle coopératif et l’impression 3D incarne sans doute ce nouveau monde de production industriel distribué.

La défiance verticale est totale

Pourtant, dans ce monde en pleine redistribution, un ilot, celui de la politique, reste immobile comme figé. Rejetés par l’opinion, les hommes politiques continuent de gouverner une France verticale, du haut vers le bas. La dernière étude CSA sur l’état de l’opinion (décembre 2013), baptisée Français, ce qui vous rassemble est-il plus fort que ce qui vous divise ? » est à de nombreux égards éclairante. Elle dresse dans un premier temps le constat d’une France défiante face à son pouvoir politique. « Cette défiance verticale est même totale », précise les auteurs de l’enquête. «75% de nos concitoyens ont une image négative des hommes politiques et des partis ». Dans une société devenue infiniment plus complexe et plus intelligente, les méthodes partant du haut pour se diffuser vers le bas ne fonctionnent plus, elles n’entrainent que perte de confiance. Les citoyens se demandent pourquoi, dans ce monde en profonde mutation, la façon de faire de la politique ne change pas.

L’étude dresse par ailleurs la typologie d’une France multiforme qui s’oppose et vit ensemble. On y découvre une France aux cinq visages. «La France du collectif» (22%), qui croit au modèle social multi culturaliste, « la France libérale » traditionnelle, attachée au mérite individuel (25%). Ces deux France, que l’on connait bien ne représentent qu’un français sur deux. Il faut y ajouter trois autres catégories : « la France amère », (30%), qui se sent délaissée et craint le déclassement social, « La France parallèle » (15%) qui compte avant tout sur elle-même et rejette le modèle partagé et « La France absente » (7%) qui n’y croit plus et qui n’attend rien.

Comment favoriser, dans cette France morcelée, la constitution d’un collectif ? Comment faire du partage la nouvelle clef de la réussite ? Car dans le même temps, le désir des Français de partager reste très présent. (67% d’entre eux se disent tournés vers l’avenir et préfèrent le progrès à la tradition). Si les politiques veulent renouer avec les citoyens, ils doivent urgemment changer de méthode et de parole, chercher des réponses nouvelles dans un autre modèle de partage et de mise en mouvement du collectif, se caler sur les nouveaux enjeux du monde, bref,  quitter, à leur tour, le monde d’avant.

Francis Demoz

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