Le Partage

Notre modèle de société est inéquitable, il repose sur une distribution de plus en plus inégale du pouvoir et de la richesse et mène à un élargissement de l’écart entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. C’est tout le paradoxe du partage dans notre société humaine, où l’égoïsme est partout, à tous les niveaux, où chacun ne pense qu’à soi.

Avant de parler de partage et pour mieux comprendre le sens de l’histoire, revenons à la société « naturelle » où au début, il y a la simple force physique à laquelle s’ajoute celle des armes. Ensuite, il y a l’intelligence à laquelle viennent s’ajouter les connaissances, l’éducation et enfin, il y a la richesse qui permet de manier la promesse en plus de la menace.

Les circonstances, bien sûr, modifient les rapports de force et il faut en tenir compte : le plus fort gagne généralement toujours. Au cours de son évolution, la société « naturelle » va obéir à quatre principes fondamentaux qui auront pour conséquence d’amener plusieurs développements parfaitement prévisibles : la création d’alliances, l’émergence d’un marché, la mise en place d’un cadre légal et une consolidation des alliances. Ces quatre développements vont se manifester dans chaque société selon les circonstances  propres  à chacune  et  seront  toujours  des passages obligés. La primauté de la force et l’absence de partage ne disparaîtront  pas quand une société grandit et devient plus complexe, mais la manière de les utiliser a changé. Même le plus fort se sent faible s’il doit affronter plusieurs adversaires.

Dans une société mature, la véritable force devient la somme des forces qu’on peut rallier et contrôler. Les alliances deviennent la clé du pouvoir, elles se font et se défont à tous les paliers de la société. Toutes les combinaisons de « nous contre eux » apparaissent, l’objectif étant toujours d’unir des forces diverses en une force commune, une alliance dominante, laquelle permettra d’imposer sa volonté pour prendre la grosse part du gâteau. Il faut toujours s’en souvenir et l’identifier avec ses rapports de force, surtout si on veut changer notre société.

Le jeu des alliances constitue la dimension politique de l’activité humaine et elle est toujours présente à tous les paliers de la société. C’est la philosophie du partage individualiste des alliances, où chaque membre tire des avantages individuels. Mais avec la mondialisation, dans les organisations modernes, le partage devient une exigence de la vie quotidienne car la performance ne peut être que collaborative.

Lorsque Gutenberg inventa l’imprimerie, les industriels de l’époque n’avaient pas investi sur cette innovation qui allait pourtant révolutionner l’humanité, tout simplement parce que les citoyens de l’époque ne savaient pas lire et de ce fait il n’existait pas de marché ! Voilà un type d’exemple pour les organisations en réseaux : créer le nouveau marché du savoir avec des partenaires pour développer et augmenter le volume du gâteau avant le partage ! Dans ce type d’organisation, la cohérence n’est plus maintenue par l’autorité mais par l’implication de chaque acteur ayant intégré le projet global. Plutôt que se battre sur un marché figé et se partager inéquitablement des parts, ce qui introduit la haine, le conflit, la rancune, l’égoïsme puisque chacun regarde de sa parcelle sans intégrer le tout. Par contre, si on met en commun de l’information, une opinion, un sentiment, un savoir, des moyens, il n’existe plus de rivalité, mais un vrai partage où chaque partenaire intègre le tout. Nous aurons dans ce cas un comportement de solidarité, de confiance, de tolérance et d’échanges.

C’est la culture des organisations en réseaux qui nous rend dépendants les uns des autres et ce fait est valorisé comme signe d’appartenance au collectif, contrairement à la démarche individualiste ! Nous pouvons dire que le partage est avant tout un état d’esprit qui souligne une mentalité, une culture, une éducation, une volonté d’aider les autres et de les respecter. C’est une nouvelle façon de vivre ensemble qui se fonde sur le partenariat, la coopération, le don, la tolérance, le bénévolat, l’altruisme. Un nouveau modèle de société est en cours d’émergence et qui a du mal à se développer : le développement durable. Il prend en considération l’environnement, l’économique et l’équité sociale. Ces trois piliers sont interdépendants, en interaction et nécessitent leur prise en compte simultanée dans des structures collaboratives en réseaux.

Alors que les alliances politiques ont du mal à suivre le mouvement, l’avènement d’une nouvelle société basée sur le partage, dépendra de l’énergie et du talent de ceux qui voudront que celle-ci naisse dans l’ordre, plutôt que la contrainte nous impose son modèle. Il y aura probablement des amateurs pour monter dans l’arche de cette nouvelle société, mais seulement, hélas, quand le déluge s’annoncera !

Hervé Azoulay

There are 2 comments

  1. Montaldo

    Le développement durable effectivement comporte fort heureusement le pilier humain. Quant au partage équitable je pense que c’est une pure utopie bien qu’objectif à atteindre.
    Encore faudrait-il que chaque citoyen avant de partager équitablement soit déjà en mesure de partager le point de vue ici évoqué.
    L’individualisme a largement pris les dessus, la perte de repères dans la société, de la « mort de Dieu », font que le chacun pour soi est prétendument plus sûr que le collectif.
    Le partage équitable doit commencer par une éducation digne de ce nom pour chaque enfant, puis par une formation professionnelle tout au long de la vie.
    Il pourrait sans doute être encore plus efficace si nous en avions réellement conscience…..

  2. SEBBAN Claude

    Bravo Monsieur AZOULAY pour tous vos articles et commentaires publiés dans la Tribune, les Echos, le Monde…. sur notre société.
    J’apprécie votre article sur le Partage

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