La perte de motivation évolutionniste

La question à laquelle je suis censé répondre suppose que la solution à toutes les crises serait simplement de mettre en évidence certaines nouvelles sociétés utopiques, en combinant espace physique et espace virtuel comme une sorte de jeu intellectuel.

En fait, lesdites crises ne sont en réalité que les symptômes profonds d’une crise de la race humaine dans sa globalité, sérieusement menacée, pour la première fois, d’auto-extinction. Cette  crise, et bien d’autres encore, sont nées de la main de l’homme. Elles sont la conséquence du développement de la civilisation, plus particulièrement depuis l’industrialisation, qui peut se définir comme « évolutionniste » tout autant que « sans issue », dans la mesure où elle exclut toute stratégie de survie. Tout rappelle les civilisations anciennes qui disparaissaient soudainement du globe sans laisser de trace. Le technologiquement possible, la « scientifisation » et l’intellectualisation figurent comme des objectifs en eux-mêmes, et l’on considère moins la manière dont de nouvelles perceptions ou le progrès technologique peuvent être utilisés comme outils afin d’élaborer des stratégies de survie et influencer les processus liés aux changements spectaculaires de conditions de vie sur Terre. La survie en tant que motivation essentielle pour l’évolution est neutralisée.

Une clé essentielle est la destruction des structures sociales traditionnelles provoquée par le développement technologique et civilisateur, l’individualisation et l’indépendance économique de l’individu, qui semblent rendre les structures sociales de toute communauté superflues et obsolètes. D’autre part, il semble qu’il y ait un besoin humain d’un autre type de communauté maîtrisable, tel un bouton à éteindre en cas de besoin, n’exigeant aucune responsabilité personnelle – les exemples virtuels, immatériels et non-physiques, comme les réseaux sociaux en ligne, remplacent la communauté en tant qu’instrument de survie avec cependant pour conséquence de simples illusions monodimensionnelles, des substituts vides, tels des drogues, rendant les gens facilement manipulables.

La virtualité est perçue en tant que valeur pour elle-même, mais pas pour ce qu’elle est vraiment – juste un outil monodimensionnel technique, ce qui ne lui donne de sens véritable que lorsqu’elle est reconnue comme telle et juxtaposée au physique. Ainsi, la combinaison des deux n’est pas du tout une option, mais une absolue nécessité.

Les sciences utilisent avec succès la simulation à travers la réalité virtuelle afin d’augmenter la vitesse de la recherche, de l’investigation et de la production et améliorer les résultats. Cependant, de mon point de vue, aucune des idées des sociétés utopiques nouvelles ne sont nécessaires ; c’est en réalité plutôt l’inverse. Revenir aux valeurs des utopies anciennes, qui ne sont en fait pas irréalisables et, par là même, pas vraiment utopiques. Autrement dit, revoir les valeurs humaines, selon lesquelles l’aspect de la solidarité de l’individu envers la communauté caractérisait les types anciens de société, n’est pas du tout dépassé, ou obsolète, mais doit se voir donner un nouveau sens et une nouvelle orientation.  nous sommes un monde, nous sommes un peuple et nous sommes tous dans le même bateau – la nouvelle stratégie de solidarité est dirigée d’une communauté plus petite, mais détruite et non-existante vers toute la race humaine en tant que société globale sans limite ni frontière nationale, et en ce sens, une responsabilité pour le tout plutôt que pour le petit cercle de vie des temps anciens.

Ni cette idée, ni ses dimensions ne sont nouvelles ; cependant, pour un individu, cela semble être encore utopique et un défi à peine envisageable dans le monde globalisé. Une simulation peut s’avérer utile afin de reconnaître la responsabilité de chacun dans la nouvelle/ancienne société globale.

Agricola de Cologne

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