La politique peut-elle faire sa Révolution positive ?

« Le politique est mort. Vive le politique ! »

Les principes de la Révolution positive, terme lancé par le spécialiste en sciences cognitives Edward de Bono en 1991, s’appuient sur une capacité à utiliser son énergie pour réaliser des actions qui maximisent le bonheur individuel et collectif. Les piliers fondateurs reposent sur la « créativité collaborative » et sur la capacité de chacun à « prendre le pouvoir », pour améliorer son quotidien tout en préservant  le futur.

Cette révolution irrigue la société par petites touches, sur le plan économique, social, écologique. Sur le plan économique, de nouveaux modèles apparaissent avec les concepts d’économie circulaire ou collaborative qui représentera, d’après une récente étude1, près de 270 milliards d’euros d’ici 2025. Un Français sur deux utilise déjà régulièrement des services collaboratifs tels que le co-voiturage. Sur le plan social, des systèmes de troc de services, des réseaux d’entraide se créent, la connaissance se partage, par exemple via les MooCs. En termes d’écologie, les bâtiments intelligents et les bâtiments à énergie positive se développent, le smartgrid améliore notre gestion des consommations énergétiques et les citoyens favorisent les productions locales. Tout cela est rendu possible et s’accélère par l’avènement de la technologie, des infrastructures numériques ou encore des objets connectés.

Mais qu’en est-il du domaine politique ? Dans cette société du partage qui valorise l’émergence des actions collectives et la prise du pouvoir par chacun, avons-nous encore réellement besoin du politique ? Que vont devenir nos élus ?

Notre système politique actuel semble, en apparence, en complète contradiction avec les principes de la Révolution positive. Les partis politiques vivent en conflit permanent et s’affrontent bloc contre bloc. L’opposition classique de la droite contre la gauche ne semble plus construire, depuis 30 ans, dactions positivement perçues par nos concitoyens. Même dans nos collectivités locales, qui régissent notre quotidien, la domination de la majorité ne rend pas nécessaire la recherche de consensus.

Pourtant, la politique pourrait s’appuyer sur ces énergies qui se libèrent dans la société française et les accompagner. Le politique n’a peut-être jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui, pour redonner du sens, une direction aux actions collectives. Le changement de monde induit par la Révolution numérique, décrit par Michel Serres2, interroge sur le marché du travail de demain avec l’arrivée de la robotique, de l’enseignement et de l’éducation avec la généralisation des cours en ligne, de l’avenir de l’homme avec le développement des biotechnologies. À l’heure des grands changements de paradigme, nous avons besoin de réfléchir en profondeur sur nos modes de vie, sur les questions éthiques, sur la place de l’humain, sur le vivre-ensemble que nous voulons construire demain.

Alors changeons nos modèles de gouvernance. Permettons, au sein des partis, à chacun de participer au projet collectif et non plus simplement aux experts de choisir les lignes politiques pour tous. Favorisons des modes de gouvernance collaboratifs en incitant à l’échange, en limitant la domination des majorités dans les instances locales. Aidons les citoyens à s’engager dans la vie publique et à participer directement aux décisions politiques. La technique du budget participatif, déjà testé dans plus de 2700 villes au monde dont New York, Londres, Paris, Séville est un excellent moyen de favoriser la démocratie directe. Ceci permet de recréer du lien et de la confiance entre les élus et les citoyens. 

Le politique doit repenser son rôle. Le politique doit devenir un « homme-orchestre »3 au sens des sciences de gestion, qui canalise les bonnes volontés, capable de mettre en réseau les porteurs de projet, capable de veiller à la circulation des bonnes informations. Les élus doivent faciliter la prise d’initiative, aider à l’émergence des projets et accompagner leurs réalisations. Pour cela, il doit devenir plus réactif, plus agile et faire lui aussi sa Révolution positive.

 Flavien Bazenet

  1. Étude réalisée par le cabinet PwC publiée le 15 aout 2014. []
  2. Michel Serres, « Petite poucette », Le Pommier. []
  3. Abittan Yoni et Assens Christophe, « Le rôle stratégique des hommes-orchestres dans l’écosystème des pôles de compétitivité », Vie & sciences économiques,  2011/2 N° 188,  p.22-37. DOI : 10.3917/vse.188.0022. []

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