Post-humanisme

Le post-humanisme est un courant de pensée qui croit que, par l’apport de nouvelles technologies convergentes, on va pouvoir modifier la nature humaine. Nous serions dans un monde dans lequel on pourrait reprogrammer la nature et où la sélection ne s’effectuerait plus au hasard, grâce à l’ingénierie génétique. L’homme aurait alors des capacités intellectuelles et physiques supérieures dont les répercussions positives seront par exemple, de réparer le corps humain à l’aide de prothèses connectées au système nerveux, de rallonger la vie en réduisant le vieillissement, ou encore d’avoir une puce implantée dans le corps pour régulariser le sucre ou le cholestérol. La mutation sera prodigieuse !

Nous sommes toutefois en droit de nous poser quelques questions : les machines artificielles seront-elles plus intelligentes que les humains ? Seront-elles conscientes ou seulement intelligentes ? La réalité virtuelle pourra t-elle se distinguer de la réalité ?

Nous pouvons tenter de répondre à ces questions en évoquant l’analyse systémique qui nous enseigne que pour avoir la même image de la pensée humaine, il faut que la pensée artificielle lui soit isomorphe, c’est à dire qu’en transférant d’un système à l’autre toutes les relations, le résultat sera également transférable et que l’un peut servir d’image à l’autre. Le clonage de la pensée humaine sera donc impossible à numériser : l’amour, la spiritualité, l’altruisme, la peine, l’esprit de solidarité, la jouissance font partie intégrante de l’être humain. La pensée artificielle ne pourra pas identifier le champ de représentation au système nerveux sous-jacent. L’homme et la machine pourront avoir le même comportement, présenter une structure informationnelle identique à celle du système humain : « l’homme qui sent », « l’homme qui aime », « l’homme en colère », mais sans état de conscience et d’échelle de valeur propre au système psychologique. L’utilisation de ces termes est un abus de langage puisque même si la machine pourra fournir les mêmes réponses à des stimuli comparables, présenter un comportement analogue à celui de l’homme, avoir même une expression de plaisir, cela n’aura rien de commun avec la réalité. Dans la pensée humaine lorsqu’on contemple un tableau de Renoir ou que l’on écoute une oeuvre de Beethoven, les stimuli seront bien définis mais la réponse correspondante ne le sera pas. L’homme émet des symboles qui ne peuvent pas s’expliquer en fonction des stimuli reçus. Les faits les plus saillants ressortent du domaine artistique car il s’agit d’activités créatrices. Si nous prenons l’exemple de Beethoven, lorsqu’il a introduit de nouvelles compositions dans sa musique, rien ne nous permet de savoir en quoi leur apprentissage a conditionné la découverte. L’homme, en tant que producteur de concepts, est irremplaçable, la machine élaborera certes des œuvres complexes, à condition qu’on lui ait transmis des algorithmes et des systèmes de valeur. Les échelles de valeur sont rattachées à la motivation et ont leur source dans le psychisme puisque les décisions humaines sont liées aux motivations. Nous oublions souvent que même si la machine semble parfaite, elle ne peut décider elle-même de sa cohérence sans faire appel à une méta règle extérieure au système et sa décision ne peut donc se réduire à une simple pondération de critères ni à une typologie de modes d’optimisation. Nous pouvons donc dire que, vraisemblablement, dans les cinquante prochaines années, la machine sera intelligente mais pas consciente. Ainsi la conscience restera humaine, aucune machine ne pourra remplacer la complexité du cerveau humain.

Hervé Azoulay

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  1. Michel

    Un système artificiel émulant parfaitement l’architecture du cerveau humain devrait pouvoir en répliquer les moindres fonctions, y compris la créativité et la conscience (voir même l’émotivité, pourvu que le cerveau logiciel soit doté d’un corps physique). Pour un état des lieux sur la question, voir la revue Science & vie de février 2013. Je suis d’accord avec vous pour dire que la science est encore à plusieurs décennies d’un tel prodige. De là à dire qu’une machine ne saura jamais faire mieux que l’humain, que ce soit au plan des fonctions cognitives ou des fonctions mentales évoluées… Je ne parierais pas là-dessus.

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