Quel Sens ?

Tout comme les réseaux routiers ont favorisé l’essor de l’économie au siècle dernier en fluidifiant les échanges de biens matériels, les infrastructures réseaux augmentent la circulation des données numériques qui suscitent des innovations dans tous les domaines. La sphère publique investit donc massivement dans les infostructures au motif qu’elles constituent les nouvelles externalités positives du monde connecté. Mais cette vision se heurte toutefois aux particularités du monde digital. Car dans un jeu devenu mondial, ces investissements profitent d’abord aux géants du numérique dont les plateformes aspirent les données et la valeur, favorisant des concentrations de richesse dépassant celles de pays entiers. Si les réseaux sont donc bien au cœur de la nouvelle économie, ils posent la question de la réelle plus-value sociale, citoyenne, culturelle ou éducative qu’ils produisent à l’échelle locale, et du sens que l’on veut donner au progrès. Cette question est d’autant plus centrale que le développement exponentiel des technologies annonce des changements bien plus importants encore. Un tiers des emplois sont aujourd’hui impactés par le numérique en France, et plus de deux millions d’entre eux ont un risque élevé de substitution par les robots1. Aucune activité n’échappera à ce tsunami et chacune devra se réinventer à l’aune des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Au-delà de ce constat, reste que le changement n’est pas une fin en soi, il n’est qu’un outil pour agir. C’est donc bien le progrès humain issu de la révolution numérique qui est questionné.

Développer ses capacités, augmenter sa puissance, accroître son agilité… pour quelle finalité ? Comme le souligne le philosophe André Comte-Sponville2, les nouvelles technologies nous offrent la possibilité de passer du « pouvoir sur », hérité du monde pyramidal, au « pouvoir de », fondé sur l’échange, la coopération, la capacité et la créativité. Cet empowerment forme le terreau d’une conscience individuelle et collective plus apte à appréhender la complexité du monde, à penser global et agir local pour répondre aux nouveaux défis, et bâtir une société plus solidaire et responsable. Elle convoque de fait les forces vives de la culture, de l’éducation, de la recherche et de l’innovation, conscientes que ce n’est pas le progrès technologique qui changera le monde, mais bien la lumière que nous mettrons sur nos actes.

Bien plus qu’un moyen d’agir, Le Cube fait depuis quinze ans du numérique un levier émancipateur. Acteur pionnier de la transformation numérique, il explore la diversité des nouveaux possibles et cultive le fertile terreau d’une société collaborative et inclusive. Il soutient celles et ceux qui prennent des risques en ouvrant de nouvelles voies, et il fait de l’empathie et de la créativité les compétences clés du renouveau économique. Face à la globalisation technologique, il fait de l’empowerment créatif une invitation à repenser notre rapport au réel, à défier l’imagination et à tisser le récit collectif du monde qui vient.

Nils Aziosmanoff

 

  1. The Risk of Automation for Jobs in OECD Countries : A Comparative Analysis, OCDE, mai 2016. []
  2. Forum Changer d’ère 2016. []

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