Rencontre avec un colibri dans une forêt en voie de désenchantement

Et de le voir passer, traits de lumières et de couleurs, oiseau de feu peut-être qui sait renaître de ses cendres.

Au feu, au feu, criaient les animaux en chœur et en fuite.

On le sait, Atlas n’en peut plus, le feu est partout et brûle ses épaules de titan.
Elle brûle sa vie, la terre.
On la croyait éternelle.

Je quittais immédiatement les légendes pour revenir à la réalité.

Le colibri repassa et revenait vers l’incendie.
Il me dit, en langage des oiseaux, que quelqu’un voulait me parler, là, perché sur son arbre.

Cette sorte de baron qui me dit :
« Si je devais donner un symbole votif pour saluer le nouveau millénaire, je choisirais celui-ci : le bond agile et imprévu du poète – philosophe qui prend appui sur la pesanteur du monde, démontrant ainsi que sa gravité détient le secret de la légèreté ».

Arrivait un autre, assis entre les oreilles d’un éléphant.

Je vais te raconter une histoire :
« Six hommes, très enclins à parfaire leurs connaissances, allèrent voir un éléphant (bien que tous fussent aveugles) afin que chacun, en l’observant, puisse satisfaire sa curiosité.

Le premier s’approcha de l’éléphant et buta contre son flan. Il s’exclama aussitôt : « Mon Dieu ! Mais l’éléphant ressemble beaucoup à un mur ! ».

Le second, palpant une défense, s’écria : « Oh, mais c’est une lance ! ».

Le troisième saisit par inadvertance la trompe. « Je vois que l’éléphant ressemble beaucoup à un serpent ! »

Le quatrième se mit à palper le genou. « De toute évidence, dit-il, cet animal fabuleux ressemble à un arbre ! »

Le cinquième toucha l’oreille et dit : « Même le plus aveugle des hommes peut dire à quoi ressemble un éléphant ; ce magnifique éléphant ressemble à un éventail !! ».

Le sixième tâta la queue « Je vois, dit-il, que l’éléphant ressemble beaucoup à une corde ! ».

Même si chacun avait partiellement raison, tous étaient dans l’erreur. »

Un éléphant ça trompe énormément.

Le colibri passait et repassait, coloré par la vitesse de ses battements d’ailes, alors que montaient les vrombissements d’avions qui déversèrent d’énormes quantités d’eau sur la forêt mourante. Le feu fut éteint sauf une fine branche d’où partaient des étincelles que le vent pourrait transformer en flammes.

Le colibri déversa la goutte d’eau sur le bois presque consumé, presque cendres comme cette histoire, une presque fiction.

Non, non, hurla un petit personnage arrivant en courant, perdant ses cailloux, ce n’est pas une presque fiction mais une réalité pressante où chacun doit…

Le film s’arrêta net.

Plus d’images.
Seulement, le son assourdissant d’une galopade où quatre voix synchronisées hurlaient :
« Un pour tous, tous pour un »

Et à chacun sa part, ajouta le colibri en se posant sur mon épaule.

Michel Jaffrennou

Note : Très libre adaptation de textes d’auteurs que vous reconnaîtrez facilement.

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