Révolution collaborative : nouvelle approche

Nous voyons apparaitre au niveau mondial des multinationales privées constituées de producteurs d’informations (Google, Facebook, Amazon…), qui disposent de plateformes numériques à très lourds investissements financiers et bien calibrées pour gérer des milliards d’individus. Ces entreprises deviennent des nœuds incontournables sur le contrôle et la maitrise de l’information et font peser une menace sur les citoyens, leurs objectifs étant de servir leur propre intérêt financier dans un monde marchand sans penser un seul instant à l’intérêt collectif !

Pour éviter que nous, producteurs d’informations, alimentions les bases de données de ces Big Data avec notre consentement tacite, nous devons inventer un modèle de collaboration produisant la même information mais cette fois au service d’un monde non marchand et où l’usage pour tous sera plus important que la propriété. Un monde nouveau, un monde en réseaux où les producteurs d’informations seront les consommateurs ! Par exemple le monde de la santé, pourra, grâce à la mutualisation des données personnelles, déterminer un profil de soins personnalisé. D’autres partenaires de la branche santé pourraient les exploiter à leur propre compte sans être tributaires des canaux monétaires. Mais pour cela, il faudra imaginer une société en réseaux pour produire une valeur sociale forte en inventant des modèles de consommation et d’exploitation des données dans une dynamique collaborative. Nous trouverons dans ce vaste réseau de partage, des associations, des mutuelles, des coopératives, des sociétés d’économie mixte dans le domaine de l’assurance, de l’agro-alimentaire, des banques solidaires, de la santé…, maillées par branches et maillées entre elles. Ce type de maillage entre partenaires a déjà été mis en place dans le cadre de réseaux d’entreprises, d’associations et de collectivités territoriales1.

Cette révolution collaborative pourrait démarrer en France, pays à la culture d’entreprenariat social, qui a permis le développement d’associations, de mutuelles, de coopératives et de sociétés d’économie mixte. Par exemple, la branche de la santé pourrait se constituer en réseaux avec plusieurs disciplines du domaine, des associations, des mutuelles, des partenaires pour créer une véritable coopération. Grâce à la flexibilité et la modularité des structures, on pourra intégrer à tout moment de nouveaux partenaires et créer ainsi plus d’intelligence sociale.

La solidarité associative de proximité mène des actions, souvent non coordonnées, tous azimuts, ponctuelles, avec des solutions peu duplicables et avec des moyens très limités. Alors pourquoi ne pas mettre en place un Plan solidaire de développement pour les différentes branches maillées entre elles et définir par branche une proposition de valeur qui serait visible par tous, chiffrée, significative et mesurable afin qu’elle puisse rendre compte de l’efficacité des actions. Chaque branche devra créer de la valeur pour que le citoyen en bénéficie. La notion de création de valeur n’a de sens que si elle contribue à la création d’une valeur finale au sein d’un système sociétal qui constitue le véritable système de valeur. Les alliances doivent renforcer les partenaires de la branche dans la chaîne de valeur et non pas les affaiblir.
Dans chaque branche il y aura un pilote qui devra définir, coordonner et mettre en œuvre la politique qui a été définie par ce réseau et améliorer le dialogue et la coordination entre tous les partenaires. Il identifiera dans son domaine les « bests practices » utilisées dans d’autres pays, partagera les expériences, collectera et diffusera toutes les informations auprès des membres du réseau. Il proposera des outils pour favoriser l’échange d’informations, tout en mettant en place une méthodologie de consolidation de données sur les besoins du réseau.

Pour avoir une vision claire et une stratégie, ce plan solidaire de développement par branche devra répondre aux questions suivantes : doit-il être mondial, national, régional ou local ? Quels sont les réseaux extérieurs sur lesquels on peut compter ? Quelles sont nos compétences clés ? Quelle est notre stratégie de développement solidaire et quels sont nos plans opérationnels ? De quels talents devrons-nous nous entourer pour exécuter le plan de développement ? Quels sont les facteurs de risques et les scénarios alternatifs ? Quels sont nos besoins financiers et les ressources possibles pour les couvrir ? Une fois mis en place, c’est le besoin en informations non satisfait de chaque branche qui dictera la stratégie à suivre et non l’inverse ! La segmentation stratégique sera différente : on passe à une segmentation de la demande en se positionnant par rapport aux besoins des partenaires de chaque branche du réseau. Tous les besoins seront susceptibles d’être segmentés, surtout sur ceux à forte demande sociétale pour être en adéquation avec la proposition de valeur.

Mettre en place ce type de plan solidaire nécessite la prise en compte de la globalité du système et de ses interactions. Aujourd’hui le système cellulaire constitué de réseaux doit devenir l’emblème de ce qui créera les richesses autres que marchandes pour aller vers l’émergence d’un monde nouveau !

Hervé AZOULAY

  1. « Vive l’entreprise solidaire » Hervé AZOULAY Ed. Eyrolles 2002. []

There are 7 comments

  1. Hannoun jean Luc

    Cher Hervé Azoulay c est le sujet d une partie de ma these de santé publique et je partage tout à fait votre avis et mes etudes au CNRS le prouvent en ce moment meme ! MAIS AVANT TOU IL FAUT CHANGER DE GOUVERNEMENT TRES VITE , CHANAGER DE POLITIQUE DE SANTE ET REVENIR A UNE MAITRISE DE QUALITE DE SOINS ET NON UNE MAITRISE COMPTABLE DE SANTE …. helas nous en sommes loin, tres loin , trop loin … il y a une mauvaise volonté à un point que vous n imaginez meme pas ….. bravo pour votre intervention elle merite d etre lu et de « REVER »

  2. Yannick R Grelot

    Collaboratif, Participatif, solidaire…réseaux utiles avant tout pour faire avancer une cause ou des décisions…le collaboratif (en latin travailler avec ) c’est passer de l’interaction sur le moment à la potentielle construction d’une relation…c’est une dimension de taille..

  3. Pierre Guerlain

    Il sera très difficile d’instaurer en France un système en réseaux collaboratif !
    Nous avons trop d’Enarques au pouvoir et ils ferons tout pour garder leurs privilèges! ils ne partageront rien…car ils ne font confiance qu’à leur caste!
    Il faut commencer à « virer » toute cette pseudo élite en mettant des citoyens issus de la société civile au pouvoir! Ensuite on pourra partager et si il n’y a pas de confiance, il ne peut pas avoir de partage!!!!

    1. Hervé Azoulay

      Vous avez raison, il faut instaurer la confiance qui est le ciment de toutes relations! Ce n’est pas avec des castes de l’ENA et des grands corps de l’Etat qui détiennent le monopole du pouvoir que l’on va y arriver! La caste ne partage pas pour garder ses privilèges…..!

  4. Karine Coquin

    SUPER IDÉE ! Tout à fait d’actualité qui ne peut être menée que par un groupe de passionnés du numérique, capable d’avoir une vision aussi claire que vous l’avez d’un tel projet.
    Des techniciens de la communication (en réseau particulièrement) qui travaillent de concert avec les professionnels de la santé (pas forcément au fait de ces nouveaux modes de partage des données).

    Mais pourquoi attendre que l’initiative vienne des autres ou d’ailleurs ou ? que le monde change. Il changera parce que nous changeront (?)

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