Le sens de nos sens

Nous courrons, nous avançons, nous échangeons, nous conversons, nous construisons mais savons-nous toujours pourquoi ?
Nous sommes dans une course toujours plus vive, toujours plus rapide, où les informations viennent s’accumuler les unes aux autres, comme les tranches d’un mille-feuille.
Nous voulons tout, tout de suite, mais sans prendre la mesure de ce que cela implique, de ce que cela peut nous apporter.
Nous voulons être JE, faire tourner les choses autour de nous et de notre univers.

 Voilà à quoi ressemblait le monde dans lequel nous vivions, il y a encore peut. Voilà ce vers quoi nous courrions, vide que nous pensions être, et alors que nous avions le sentiment qu’il fallait que, comme des boulimiques, nous nous emplissions.

Devant les bouleversements économiques et l’arrivée de l’ESS dans nos vies, devant les drames qui ont frappé la France ces dernières années (attentats, participations à des conflits dans d’autres pays…), devant le recul de la croyance que nous avons en nos représentants politiques et nos désaffections des bureaux de vote, nous sommes de plus en plus nombreux à prendre du recul, à nous poser et même à nous arrêter sur nos quotidiens.
Ce besoin de sens est fortement porté par la génération née entre les années 80 et 90, la génération Why (Y) qui veut savoir, comprendre et choisir avant de décider et de consommer.

Mais plus que de recul, c’est de valeurs, c’est de sens, dont nous avons besoin, et c’est de plus en plus cette quête qui guide nos choix.

Nous avons, semble-t-il, décider de reprendre le sens de nos vies, décider de chercher à donner du sens à ce que nous faisons, mais aussi d’offrir nos sens aux autres, de partager. Les technologies à notre disposition rende cette générosité accessible.

Ce besoin de sens nous accompagne quotidiennement. Il est présent, par exemple, dans la Loi El Khomeri avec le droit à la déconnexion qui est donc reconnu dans le code du travail ; nous ne voulons plus travailler sans cesse, nous voulons des moments à nous.
Ce nouveau rapport au travail, et à l’attachement à une entreprise, est particulièrement présent chez les plus jeunes qui arrivent sur le marché du travail actuellement. C’est une raison pour laquelle les grandes sociétés s’engagent dans du mécénat, dans le déploiement de leur propre fondation… Ces entreprises ont compris que pour fidéliser leurs salariés, il faut qu’ils trouvent du sens dans leurs missions. Ce sens que ces entreprises cherchent à développer est pour elles un moyen d’émerger, de se différencier, d’être séduisant pour les recrutements de nouveaux collaborateurs.
Ce besoin de trouver du sens dans le cadre de son activité professionnelle se traduit également par l’engouement de plus en plus fort des plus jeunes à aller travailler dans des entreprises de l’ESS ou dans des associations. Quand, il y a encore 10 ans, il fallait déployer beaucoup d’énergies pour recruter des diplômés d’écoles de commerce dans des entreprises sociales, aujourd’hui il leur faut plusieurs jours pour étudier tous les CV qu’elles reçoivent des élèves de ces mêmes écoles.
Le sens de l’argent des années 1980 à 2000 est remplacé par le sens de l’engagement, de la mission.

Nous cherchons du sens dans tous les domaines, c’est pour cette raison également que le nombre de personnes s’engageant dans la vie associative est de plus en plus important, arrivant à 50% des français qui sont engagés dans une association quand, dans le même temps, 2% sont inscrits dans des partis politiques ! Là aussi, on voit à quel point l’importance de donner du sens à ce que nous faisons guide nos choix et nos pas.

Ce sens que nous voulons rendre de plus en plus visible dans nos vies est également ce qui guide le développement de toutes les formes de mouvements citoyens qui veulent ne plus subir, mais bien faire que leurs solutions, que leurs actions, deviennent de réelles alternatives aux choix des politiques classiques. Ces mouvements sont si importants qu’ils arrivent mêmes à participer à la vie politique nationale dans certains pays (Italie, Islande avec le Parti Pirate…). Ce que les électeurs expriment en portant ces mouvements, c’est bien leur volonté de donner du sens à la vie politique. Non plus un sens réservé à une élite mais un sens commun à partager pour tous les citoyens.

Cette quête de sens est aussi ce qui explique le succès d’un film comme Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent où sont présentés des actions qui ont toutes comme point commun d’apporter du sens à nos choix et à nos décisions. Ce film est un catalogue de sens que nous pouvons aisément transposer dans nos vies de tous les jours.

C’est aussi ce besoin de sens que l’on voit pointer derrière les théories du transhumanisme, qui cherchent finalement à donner le sens final de nos vies sur terre et être, peut-être même à terme qui sait, capable de changer le sens du mot mort.

Ce besoin de sens, ces envies de sens, nous l’appliquons maintenant également dans les choix de consommation que nous faisons, qu’il s’agisse de choix alimentaires, de choix de mobilités ou de choix de lieux de consommation.

Ces sens que nous portons dans nos vies et dans nos quotidiens, portent des effets très positifs dans le monde dans lequel nous vivons. En effet, le besoin de sens porte en lui la nécessité de confiance. C’est de cette confiance retrouvée que naîtra une nouvelle forme de démocratie plus égalitaire, plus libre mais surtout plus fraternelle.

Le sens que nous portons à nos vies est littéralement la direction que nous voulons prendre et insuffler à notre monde. Ce sens de valeurs, ce sens de vie, se nourrit de ce que nous avons en nous de plus précieux et de plus utile pour réussir la vie en société : notre humanité.

Nous connaissions tous nos 5 sens et nous les maîtrisions (le toucher, l’odorat, le gout, la vue, l’ouïe), désormais il existe un 6ème sens : LE BESOIN DE SENS.

Guillaume Villemot

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