Le sixième paradoxe

L’un des paradoxes de l’histoire des arts médias est de croire encore au fantasme technoscientifique. Même si des découvertes majeures peuvent participer d’une métamorphose écologique, notre rapport non seulement au langage mais au souffle qui l’anime est une flamme qu’il nous faut entretenir, comme je tente régulièrement d’y contribuer dans La Revue du Cube. Quitte à passer pour un être paradoxal, autant le préciser de suite, c’est une mutation plus quotidienne qu’universelle qui m’anime. Comme 33 révolutions par minute sur un disque vinyle, il s’agit de cercle, de boucle, de mots qui ne servent à rien en apparence. La diversité, ça commence par là. Je suis passé en 2015 de 21 minutes à 33 minutes de méditation par jour, d’une musique silencieuse, au milieu des bruits du quotidien, pour mieux écouter la réalité de notre espace : me re-fonder au cœur des paradoxes contemporains.

De même, dans un temps plus historique, il suffirait par exemple de lire réellement John Cage pour re-fonder un autre rapport avec ce que nous sanctifions comme acquis en oubliant d’expérimenter nous-même cette mémoire qu’il nous a transmise. Méditons avec John Cage. Aussi, Cage précise bien que de l’EAT, «Expérimentation Artistique et Technologique : Merce n’en a jamais fait partie. David Tudor et moi, oui. L’inefficacité des ingénieurs m’a presque rendu malade. Ils ne se rendaient jamais compte qu’il fallait que la représentation ait lieu… Le plus simple dans le monde de la technologie est l’amplification par les micros de contact, ou de gorge. Nous avons organisé un banquet sur la scène en Y et tous les bruits passaient par un système de sonorisation à plusieurs canaux. Les ingénieurs de EAT se débrouillèrent pour tout bousiller.»

C’est pour cette raison que je sollicite actuellement des ayant-droits d’artistes, des créateurs contemporains et des galeries d’art ou des collectionneurs d’œuvres ; dans le but d’une relecture, à travers la première vente aux enchères MAT ( Mouvement Art Technologie ) à Paris qui aura lieu en 2016. Le marché n’étant pas non plus en opposition avec l’histoire, oui c’est un autre paradoxe. Pour qui sait manger plus que des aliments, dans un questionnement avec l’autre, s’intéresse aussi à la psychanalyse ou au yoga, il ne sera pas étonné par tous mes paradoxes ; ni même au hasard de cette citation de John Cage extraite de « Où mangeons-nous ? et que mangeons-nous ? » au milieu de Mots vides édités en 1979. De même, les techno-sciences peuvent être des pratiques écologiques connectées avec l’univers.

J’apprends en écrivant ma sixième contribution pour La Revue du Cube qu’une équipe d’ingénieurs de Riverside, une université de Californie, vient de créer un nouveau bikini. Le Sponge suit aurait la particularité de nettoyer les particules polluantes rejetée dans l’océan. Mon titre était donc tout trouvé ce sera avec le mot « paradoxe », Le sixième paradoxe pour le Cube. Je double mon paradoxe, en ne parlant pas directement ici de biodiversité. Cinq paragraphes, quatre mille signes, c’est peu pour une prise de conscience face à la numérisation planétaire. Mais c’est beaucoup que de penser qu’il faut garder confiance et croire aux mutations, sans dualité, entre nature et technique, avec des modes pauses, et des retours sur lectures. Et c’est pour cette raison que j’ai choisi d’illustrer ainsi mon texte.

Eray Carbajo

Mais quel serait notre rôle dans ces flux historiques à l’horizon d’un post-humanisme si peu post-moderne ? Pour ma part, je vais tenter d’y répondre en affichant une petite photographie en très grand et de manière permanente dans une rue de Paris, dont l’esthétique montrera l’échec de toute tentative d’élevage de l’air comme d’une gestion de la biodiversité. Une fois que vous serez allés voir l’exposition DUST histoires de poussière au Bal, écouter les événements autour de la COP21, j’espère que ma prochaine œuvre Planète Air vous fera encore réfléchir, malgré son inframince technologie, sur le fait qu’il ne saurait y avoir de fondation sans un retour… biologique à mieux respirer l’espace. Par-delà toute technique, juste un art à œuvrer sans fin pour laisser les autres vivants respirer librement, pour garantir encore une plus grande diversité.

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