Technoprogressisme et responsabilité

Dans un monde rude et inégalitaire, mis à mal par les dysfonctionnements de structures obsolètes que rejette une part de plus en plus importante de la population, on commence à se laisser aller à penser qu’il pourrait être plus efficace et plus durable de rechercher des solutions justes et équilibrées, et qu’il peut être constructif de ne pas opposer la recherche du bien-être individuel et celle du bien collectif.

Technoprogressisme

Au-delà de sa définition première d’un mouvement intellectuel et culturel qui promeut l’augmentation des capacités humaines et de la durée de vie au moyen des technologies, le transhumanisme est aussi un projet de société. Ces technologies, dont certaines sont déjà expérimentées actuellement, vont impacter tous les domaines de la vie. Aussi bien d’un point de vue éthique que pragmatique, on ne peut pas espérer vivre mieux individuellement sans envisager de vivre mieux collectivement : le technoprogressisme, issu du transhumanisme, met l’accent sur les aspects sociaux et environnementaux de ces évolutions.

Penser

Ne pas oublier notre brièveté dans l’espace et le temps, être conscients que nos organisations et nos valeurs sont relatives, et surtout que l’être humain d’aujourd’hui n’est pas le stade ultime de l’évolution : seule une pensée globale, prenant en compte l’ensemble des humains mais aussi leur devenir, permettra aux progrès technologiques d’apporter aussi un progrès humain et social. Les enjeux de cette façon de voir ne sont pas anecdotiques : éviter des révolutions violentes dues aux inégalités croissantes, écarter des options dangereuses pour l’homme et pour l’environnement, permettre l’accès aux bénéfices du progrès de façon égalitaire…

Agir

En 2008, les gens se croisaient dans les airs
Au volant de coléoptères
Supersoniques mais silencieux.

Philippe Katerine, « 78 – 2008 »

La culture émane de l’esprit d’une époque ; elle l’instaure aussi. En 1978, les enfants de 10 ans attendaient avec impatience les années 2000 pour piloter leur voiture volante. Aujourd’hui, c’est la crainte qui domine, de la classique crispation du principe de précaution à l’autocensure : on a appris à ne pas espérer ce qu’on juge inaccessible, alors on reste sourd à des idées ou à des projets qu’on croit irréalisables ou qui paraissent simplement trop inhabituels.
Cet air du temps peut ou non favoriser l’ouverture à l’information, l’acceptation des innovations et des changements. Il peut aussi, et de plus en plus grâce aux possibilités croissantes d’interactivité et de participation, permettre l’expression du sens critique et l’implication.
Un mouvement culturel peut se saisir de ce qui est déjà en germe dans l’air du temps pour le mettre en lumière. Accompagner la fin d’un système, encourager les prémices d’un autre plus respectueux et plus adapté, le légitime désir de vivre plus et mieux. Diffuser l’idée, en faisant connaître de nouveaux modèles économiques, de nouveaux modes de vie, qu’on peut sortir de la survie. Dire qu’il est souhaitable, qu’il sera possible d’accéder à nos capacités inexploitées et plus si on le désire, d’enrichir nos interactions avec les autres, d’explorer notre environnement proche ou lointain…
Notre action aujourd’hui repose en grande partie sur notre présence sur Internet et dans les autres médias, l’organisation de rencontres et de conférences, et l’intervention dans le débat public. Nous mettons en réseau des scientifiques, informaticiens, sociologues, historiens, artistes, chercheurs, makers, etc. pour que les diverses réflexions et actions s’enrichissent mutuellement.
Outre nos liens avec différents mouvements transhumanistes dans le monde (Institute for Social Futurism, Institute for Ethics and Emerging Technologies, Humanity +…), un maillage international se constitue à partir de la base : un membre de l’Association Française Transhumaniste mène une action au Cameroun -publication d’un ouvrage, d’articles, interventions…

Demain

Dans un avenir plus ou moins proche, nous aurons probablement la possibilité de choisir de s’améliorer ou non, et de quelle façon. Si aujourd’hui certains portent la parole, nous allons tous devenir de plus en plus acteurs et décideurs de nos vies, et c’est par la prise en compte des aspirations de tous, qu’une nécessaire diversité pourra être préservée.

Virginie Soulabaille (pour l’AFT Technoprog)

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